Contre La sansure

Guinée: pourquoi Toumba fait-il toujours autant peur?

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Toumba Diakité, a été, transféré, ce mardi 9 février, de la prison centrale de Conakry au centre de détention de Koya, réputé plus rigoureux. C’était dans une ambiance houleuse où des tirs ont été entendus, dans le quartier bouclé de Kaloum et tout le centre de la capitale. Preuve que le prisonnier n’était pas un petit poisson. De son vrai nom Aboubacar Sidiki Diakité, Toumba n’a, visiblement pas fini de faire parler de lui! Il a été, indubitablement, la star du procès des 12 auteurs du massacre du 28 septembre 2009, qui a tenu en haleine, tout le pays, du 28 septembre 2022 au 31 juillet 2024.

Les «Toumba shows» très attendus par le public et les téléspectateurs, soulevaient une hilarité qui détonnait bien avec le sérieux du triste événement jugé, et qui avait entraîné au stade de Conakry, la mort d’au moins 157 personnes, le viol à ciel ouvert de plus de 100 femmes et provoqué plus de 1500 blessés. Occasion pour Toumba Diakité de charger, le capitaine Moussa Dadis Camara, son ancien patron sur lequel il avait d’ailleurs tiré alors qu’il était encore son aide-de-camp. Le verdict implacable de ce jugement hors-norme a infligé, pour crime contre l’humanité, 20 ans d’emprisonnement au capitaine Dadis Camara et 10 ans de prison à Toumba Diakité. Si depuis lors, le premier a bénéficié, contre toute attente, de la magnanimité du président Mamadi Doumpbouya pour respirer l’air de la liberté, officiellement pour «raison de santé», le second lui devrait être libre de ses mouvements, dans un peu plus d’une année.

Mais, pourquoi, après presque neuf ans de détention, l’attraction du procès du massacre du 28 septembre, fait encore peur? S’il a pratiquement fini d’exécuter sa peine, Toumba Diakité n’est pas, par contre, au bout de ses peines! C’est la conclusion qui s’impose non seulement suite au transfert bruyant du détenu, mais surtout le flou qui entoure les raisons qui en sont à l’origine. Si le parquet reproche à Toumba de s’être opposé à la fouille de sa cellule dans une opération de contrôle menée au sein de la prison, provoquant même une rébellion de certains de ses codétenus, ses conseils affirment le contraire. Un scénario, monté selon un dessein obscur, connu seulement de ceux qui sont dans le secret de la présidence d’où viennent tous les ordres, est-il à la base de cette matinée chaude qui a abouti au transfert de Toumba Diakité? Faut-il s’attendre à ce que le calvaire de l’ancien aide-de camp de Dadis Camara, qui n’a pas fait de cadeau à l’ancien président de transition, joue des prolongations, ou prenne fin autrement que par sa sortie, sur ses deux pieds? Un règlement de compte est-il possible contre l’homme que le procès a rendu populaire et qui a, peut-être, exagéré dans le grand déballage?

Il faut le dire, avec le colonel Claude Pivi, passé de vie à trépas, après son évasion et son retour en prison, comme par hasard au centre de détention de Koya, Toumba Diakité était bien un maillon essentiel du dispositif militaire sous le régime de transition. En tout cas, le transfert de Toumba, avec une intervention musclée des Forces spéciales guinéennes fidèles au président Mamadi Doumbouya, n’a probablement pas encore dévoilé tous ses mystères! En attendant, le nouveau pensionnaire de l’hôtel cinq étoiles du centre de détention de Koya, continuera certainement d’être hanté par les images macabres du 28 septembre 2009.

Par Wakat Séra

https://www.wakatsera.com/

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