Guinée : Reconduction de Karamo Kaba, signal d’un pouvoir en difficulté.
La décision du président de la transition, Mamadi Doumbouya, de reconduire Karamo Kaba à la tête de la Banque centrale de Guinée, vendredi 13 mars, suscite de nombreuses interrogations dans un contexte économique déjà fragilisé par une crise persistante de liquidités.
Depuis plusieurs années, le pays fait face à de fortes tensions sur le système financier. Malgré cette situation, la reconduction du gouverneur de la banque centrale intervient alors que beaucoup s’attendaient à des changements importants au sein des institutions économiques afin de tenter de relancer la confiance et de trouver des solutions durables à la crise.
Pour certains observateurs, ce choix politique pourrait être interprété comme un signe des difficultés du pouvoir militaire à engager des réformes profondes. Ils estiment que, dans un contexte aussi délicat, un renouvellement des responsables économiques aurait pu constituer un signal fort en faveur d’une nouvelle dynamique de gestion de la crise.
Cette décision intervient également dans un climat politique marqué par le putsch intervenu le 28 décembre 2025 qui a ainsi enterré la transition démocratique et le multipartisme, pierre angulaire de la démocratie.
Pourtant après ce putsch civil, beaucoup espéraient la mise en place rapide d’un gouvernement de mission capable d’apporter une stabilité politique, économique et sociale au pays avant la fin de l’année.
Pour plusieurs acteurs politiques et analystes, la priorité devrait porter sur l’intérêt national. Ils estiment que les responsables appelés à participer au gouvernement devraient s’engager au-delà des intérêts personnels, claniques ou partisans, afin de répondre efficacement aux défis auxquels la Guinée est confrontée.
Or, certains critiques soulignent que le gouvernement actuel ne s’est toujours pas doté d’une véritable déclaration de politique générale depuis sa nomination. Cette absence de ligne directrice claire alimente les inquiétudes quant à la capacité de l’exécutif à faire face à la crise politique et économique que traverse le pays.
Dans ce contexte, la reconduction de certaines figures clés de l’appareil d’État est perçue par ses détracteurs comme le signe d’une stratégie politique essoufflée et sans substance. Selon eux, le pouvoir militaire de Conakry semble hésiter à procéder à un remaniement en profondeur qui pourrait pourtant permettre de redéfinir les priorités du gouvernement et de restaurer la confiance.
Certains observateurs vont plus loin et évoquent l’influence de clans ou de réseaux d’intérêts autour du chef de l’État, qui pèseraient sur les décisions politiques majeures. Une situation qui, selon ces critiques, fragiliserait davantage la gouvernance et compliquerait la gestion des crises successives auxquelles la Guinée fait face.
Alors que les attentes de la population restent fortes, la question demeure : peut-on encore sauver Mamadi Doumbouya de son entourage nuisible ou bien détient-il encore assez de marge de manœuvre, de pouvoir pour qu’il parvienne à engager les réformes nécessaires pour sortir le pays de l’impasse économique et politique, ou continuera-t-il à privilégier la continuité au sommet de ses institutions, afin de garantir un changement dans la continuité gage de son affaiblissement voire de son éviction?
Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo

