Contre La sansure

Guinée : trois urgences pour briser la malédiction

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Soixante-sept ans après l’indépendance, la Guinée reste un paradoxe douloureux : un pays qui nourrit le monde en bauxite mais qui peine à nourrir ses enfants ; une nation aux fleuves géants mais aux robinets vides ; un peuple riche de talents mais prisonnier d’un État prédateur.

Aujourd’hui, la junte militaire prétend jouer les sauveurs. Mais qu’a-t-elle changé ? Rien, sinon  l’accentuation des mêmes maux : opacité des contrats miniers, gabegie budgétaire, centralisation du pouvoir, musellement des contre-pouvoirs. Les uniformes n’ont pas remplacé la gouvernance, ils l’ont enterrée plus profondément.

La vérité est claire : ni démocratie de façade, ni dictature musclée ne sauveront la Guinée. Ce qui nous manque, c’est un État qui fonctionne. Et cet État ne naîtra que si nous affrontons trois urgences.

1. Institutions contraignantes

Sans justice indépendante, tout le reste est bavardage. En Guinée, les juges sont achetés, déplacés ou intimidés. La première urgence est donc :

· Un Conseil supérieur de la magistrature indépendant, avec un budget sanctuarisé.
· Publication intégrale des contrats miniers et audits publics annuels.
· Création d’un fonds souverain guinéen, géré hors des mains du pouvoir, contrôlé par un comité mixte (Parlement, société civile, diaspora).

2. Discipline collective

Nous ne pouvons pas bâtir une nation sur l’impunité. Aujourd’hui, du policier au ministre, du douanier au chef de quartier, chacun se sert dans la caisse commune. La deuxième urgence est :
· Digitalisation massive : identité biométrique, cadastre en ligne, paiements sans cash.
· Obligation fiscale : chaque Guinéen doit contribuer, en contrepartie d’une transparence totale des recettes et dépenses publiques.
· Service civique obligatoire : douze mois à servir dans une école, un hôpital, ou une campagne de reboisement.

3. Vision de long terme

La Guinée vit comme un rentier. Le jour où la bauxite et le fer se déprécient, nous serons nus. La troisième urgence est :
· L’agriculture moderne, pour nourrir la Guinée avant d’exporter.
· Un réseau électrique fiable, pas des barrages pharaoniques sans retombées.
· L’éducation technique et professionnelle, pour former des bâtisseurs et non des chômeurs diplômés.

L’heure de vérité

Le problème de la Guinée n’est pas l’absence de richesses. Le problème, c’est que l’État est conçu comme une entreprise privée au service d’une caste. Tant que cette logique perdure, nous resterons esclaves de la dépendance.

Voilà pourquoi il ne suffit plus de commenter ou de dénoncer. Il faut exiger. Exiger des institutions contraignantes, exiger une discipline collective, exiger une vision de long terme. La Guinée n’a pas besoin d’un nouveau sauveur. Elle a besoin de citoyens debout.

La jeunesse, les syndicats, la diaspora : c’est à nous d’imposer la rupture. Sinon, nous resterons éternellement la caricature d’un pays riche appauvri par ses propres élites.

Aboubacar Fofana, pour que la Guinée brise ses chaînes.

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