Guinée : un projet d’extraction de fer au mont Nimba alerte sur un risque écologique et social majeur
Une étude d’impact environnemental non publiée, obtenue par Climate Rights International, révèle des menaces considérables sur la biodiversité unique du mont Nimba, les ressources hydriques et les moyens de subsistance des communautés locales. Malgré ces alertes, les autorités guinéennes semblent prêtes à soutenir le projet minier Kon Kweni, porté par Ivanhoe Atlantic.
Le mont Nimba, seul site guinéen inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, se retrouve au cœur d’une controverse majeure. Climate Rights International (CRI) affirme avoir obtenu une étude d’impact environnemental encore confidentielle, qui met en lumière des risques « majeurs » pour la biodiversité, le climat local et les populations riveraines, liés au projet d’extraction de minerai de fer Kon Kweni, piloté par la société états-unienne Ivanhoe Atlantic.
Selon cette étude réalisée par une société de conseil en environnement, les effets cumulés du projet pourraient entraîner une dégradation irréversible de ce massif emblématique, déjà classé « en péril » par l’UNESCO depuis 1992.
Un site exceptionnel menacé
Culminant à près de 1 800 mètres, le mont Nimba abrite l’une des plus fortes concentrations de biodiversité d’Afrique de l’Ouest. Son microclimat humide, essentiel à la survie des forêts environnantes, dépend d’un équilibre écologique fragile.
L’étude consultée par CRI est sans ambiguïté : sans un Plan d’Action Biodiversité « détaillé et opérationnel », les impacts du projet seraient « inacceptables » pour les Valeurs Universelles Exceptionnelles du site.
Fabien Offner, chercheur à CRI, alerte sur un scénario déjà observé ailleurs :
« Le mégagisement voisin de Simandou a entraîné des violations massives des droits des communautés et une pression accrue sur la biodiversité. Le mont Nimba risque de suivre la même trajectoire si rien n’est fait. »
Des impacts environnementaux d’une ampleur inédite
L’étude chiffre à 1 790 hectares la surface totale de terres perdues, dont 485 hectares de forêts, incluant 70 hectares de forêts primaires montagnardes, parmi les plus rares du pays.
Les émissions prévues atteignent 1 million de tonnes de CO₂ équivalent sur la phase de démarrage et les dix premières années d’exploitation — l’équivalent de la capacité annuelle d’absorption d’une forêt tropicale couvrant la superficie terrestre et maritime de la ville de New York.
Ces émissions, combinées aux pressions climatiques existantes, menacent directement les espèces micro-endémiques du massif, déjà sensibles aux variations de température et d’humidité.
Des villages en première ligne
Les villages de Gbakoré, Zouguepo, Bossou Centre, Seringbara et Thuo figurent parmi les plus exposés. Les infrastructures minières devraient réduire, voire éliminer, une partie des terres cultivables et pastorales, aggravant une pression foncière déjà source de conflits meurtriers entre agriculteurs et éleveurs.
L’afflux de travailleurs attirés par les opportunités minières pourrait accentuer ces tensions.
L’étude évoque également des risques sur les ressources hydriques : baisse des nappes, augmentation du ruissellement, érosion des sols, modification des régimes saisonniers des cours d’eau. Les habitats des chimpanzés, notamment, seraient fragmentés par la construction d’une route à corridor de 40 mètres.
Un projet qui s’inscrit dans une ruée régionale vers le fer
Le projet Kon Kweni n’est que l’un des quatre projets miniers en cours dans la région du Nimba. Parmi eux : Nimba Development Company (NDC) : concession de 2 280 hectares dans la zone tampon du site UNESCO. Equatorial Resources Limited (ERL) : permis d’exploration couvrant 30 500 hectares, dont une partie directement sur le site classé. Sama Resources : exploration de gisements de graphite à proximité immédiate du périmètre protégé.
L’étude souligne que les impacts cumulés de ces projets pourraient être « majeurs » pour la cohésion sociale, les groupes vulnérables et la gestion des relocalisations.
Un soutien gouvernemental malgré les contradictions
Le gouvernement guinéen détient 10 % du projet Kon Kweni via la SMFG, filiale d’Ivanhoe Atlantic. Le Premier ministre Amadou Oury Bah a reçu une délégation de la société le 7 avril, signe d’un soutien politique assumé.
Pourtant, la Guinée s’est engagée dans sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN) à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 à 30 % d’ici 2035, notamment en « enrayant la déforestation » et en étendant les aires protégées.
Entre 2001 et 2024, le pays a perdu 2,3 millions d’hectares de couverture arborée, soit 28 % de sa surface forestière initiale.
« Autoriser un projet qui menace le seul site guinéen classé au patrimoine mondial est difficilement compatible avec les ambitions climatiques affichées », estime Fabien Offner.
Un corridor d’exportation déjà sécurisé
Le minerai extrait sera acheminé vers le Liberia via le chemin de fer Yekepa-Buchanan, jusqu’ici utilisé par ArcelorMittal. Le Parlement libérien a ratifié en décembre 2025 l’accord de concession permettant à Ivanhoe Atlantic d’utiliser cette infrastructure stratégique.
La phase 2 du projet prévoit une montée en puissance à 25–30 millions de tonnes par an, ainsi que la construction d’un centre de transformation à Lola.
Un choix national aux conséquences irréversibles
Le mont Nimba, symbole de la richesse écologique guinéenne, se trouve aujourd’hui au centre d’un dilemme national : développement minier accéléré ou préservation d’un patrimoine naturel unique.
L’étude divulguée, en révélant l’ampleur des risques, place désormais les autorités guinéennes face à leurs responsabilités.
Le feu vert final au projet Kon Kweni pourrait sceller l’avenir d’un site dont la valeur dépasse largement les frontières du pays.
AOS pour KoumaMedia
Source: https://koumamedia.com/
