Homosexualité: le gouvernement sénégalais valide un projet de loi pour durcir la législation sur les «actes contre nature»
Adopté en Conseil des ministres dans la soirée du mercredi 18 février, le texte prévoit d’alourdir les peines prévues pour les personnes reconnues coupables d’« actes contre nature » et de les étendre aux organisations qui font « l’apologie » des relations homosexuelles. La nouvelle loi doit cependant encore recevoir l’approbation des députés avant d’entrer en vigueur.
C’était une promesse électorale du Pastef aujourd’hui au pouvoir : au Sénégal, un projet de loi plus répressif contre l’homosexualité a été adopté en Conseil des ministres, dans la soirée du mercredi 18 février. Porté par le gouvernement, il prévoit notamment de durcir les peines prévues dans l’article 319 du Code pénal pour les personnes reconnues coupables d’actes dits « contre nature », mais aussi de modifier la définition et d’interdire la promotion de ces derniers.
Si ce nouveau texte propose de doubler les peines de prison – pour les porter à dix ans – et d’alourdir les amendes – qui pourraient atteindre jusqu’à 10 millions de F CFA contre seulement 1,5 million actuellement – prévues jusqu’alors, sa grande nouveauté réside dans l’extension de ces sanctions à tous ceux qui se rendraient coupables d’« apologie » des relations homosexuelles.
« Toutes les organisations qui tentent d’encourager, que ce soit par des films de propagande, par le cinéma, par la télévision ou par l’écrit, la philosophie LGBT qui – je le rappelle – ne fait pas du tout partie des mœurs, des coutumes et de la culture sénégalaises, sont concernées », précise Amadou Ba, le ministre sénégalais de la Culture, qui tient à préciser que le texte prévoit aussi des sanctions contre toute « dénonciation calomnieuse, pour qu’on ne puisse pas cibler quelqu’un parce qu’il aura un comportement suspect. Quiconque accusera un individu d’homosexualité sans en apporter la preuve sera passible d’une peine de deux à trois ans de prison et d’une amende de 200 000 à 500 000 F CFA ».
« Homophobie politique »
Alors que cette annonce intervient une dizaine de jours après l’arrestation de plusieurs hommes accusés d’ « actes contre nature » et de transmission volontaire du VIH dans le pays, plusieurs voix s’élèvent désormais pour dénoncer une « traque » des personnes LGBT au Sénégal, rapporte notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier.
Tel est par exemple le cas de ce jeune Dakarois exilé en France depuis que son homosexualité a été révélée dans son quartier. « Certaines personnes ont peur car elles se disent chaque jour un peu plus qu’elles risquent d’être arrêtées. Cette loi va encourager certaines personnes à se rendre à la police pour lui apporter des preuves. J’ai peur pour mes amis et pour plusieurs personnes que je connais au pays », confie-t-il.
