LA GALERIE DES FANTÔMES « Quand la lumière vacille, les ombres font la queue »
Sur cette photo, rien ne bouge. Mais tout se trame. Ce n’est pas une image. C’est une page d’histoire non encore signée.
À gauche, Mamadi Doumbouya. Le boubou impeccable. Le geste paternel. Le regard masqué. Il distribue l’accolade comme on jette du sable dans les yeux. On sent qu’il veut encore régner. Mais son pouvoir a cette odeur particulière : celle de la victoire qui doute.
À droite, Mister Dansa Flop.
Toujours dans l’humilité stratégique. Toujours dans l’attente performée. Il serre la main comme on tourne une clé dans une serrure fatiguée. Lui ne demandera rien. Mais s’il faut servir la Nation dans “une situation imprévue”… il a déjà le discours en poche.
Et au centre, Bah Oury.
L’œil fixe. L’attitude d’un homme qui compte les secondes. Premier ministre de fonction, président d’ambition. Il ne veut pas bousculer les choses. Il veut qu’elles tombent d’elles-mêmes… sur ses genoux bien positionnés.
Mais ce n’est pas tout. Dans les coulisses du cliché, le chœur des ambitieux fredonne déjà l’hymne du vide.
Le Général Idi Amin, ministre polyvalent de la rupture méthodique. Il a tranché tous les liens, sauf ceux qui le relient au sommet. Il ne parle plus de refondation. Il parle de rotation. Surtout s’il tourne autour du fauteuil.
Le Général BIS, la voix de l’État silencieux. Ses membres ne se présentent pas. Mais certains d’entre eux rêvent tout haut, la nuit venue. Ils disent qu’il faut stabiliser. Mais l’odeur du pouvoir les excite plus que le bruit des menaces.
Le Général Amara Camara, le faiseur d’ombres.
Officiellement brasdroit, officieusement marionnettiste. Il ne veut pas être roi. Il veut choisir le roi. Et l’oreille qu’il murmure le plus, c’est souvent celle du vent dominant.
Le Général Balla Samoura, loyal mais pas aveugle. Le général sait lire les nuages.
S’il sent que la pluie ne tombe plus du haut, il s’abritera vite sous une autre casquette. L’armée, dit-on, reste neutre. Mais elle suit toujours celui qui porte la boussole.
Cette photo n’est pas un souvenir. C’est un signal.
Les regards se croisent. Les gestes se figent. Et dans chaque sourire se cache une phrase non dite :
“Si ça tombe, je suis prêt.”
La Guinée a connu les complots bruyants. Voici venu le règne des ambitions silencieuses.
Pas de kalach. Pas de cris.
Juste des poignées de main, des regards fixes… et des plans de secours activés depuis longtemps.
Bienvenue dans la Galerie des Fantômes.
Alpha Issagha Diallo
Analyste des couloirs transitoires,
Rédacteur des discours jamais lus mais toujours prêts.
