Contre La sansure

La Grande Vallée des Murmures

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Il était une vallée, vaste et fertile autrefois, mais depuis longtemps recouverte de nuages sombres et de vents de peur. Les rivières, qui autrefois chantaient leur clarté et nourrissaient les champs, avaient été détournées vers des bassins privés, accessibles à quelques-uns seulement. Les routes de pierre, autrefois grandes artères reliant chaque village et chaque colline, étaient aujourd’hui crevassées et impraticables, comme si la vallée elle-même refusait de guider ses habitants vers la prospérité.

Dans cette vallée, les habitants vivaient sous l’œil des tours de garde, hautes et silencieuses, qui notaient chaque murmure, chaque geste, chaque souffle. Ces tours n’étaient pas là pour protéger, mais pour surveiller, intimider et punir ceux qui osaient rêver d’une vallée plus juste. Et pourtant, même sous ce ciel sombre, des murmures naissaient : dans les foyers, dans les marchés, dans les champs et dans les écoles, les habitants parlaient à voix basse de justice, de liberté et de dignité.

J’ai vu des pères de famille murmurer, le regard dur et las : « Nous votons ou pas, les résultats sont connus à l’avance. » Leur lucidité n’était pas de la résignation, mais une conscience amère de la mascarade orchestrée. Pourtant, dans ce silence chargé de fatalité, le murmure de la résistance persistait, discret mais puissant.

Au sommet de la pyramide inversée, les greniers publics et les coffres de la vallée étaient remplis pour quelques privilégiés, tandis que la majorité des habitants peinait à nourrir leurs familles. Les sages, les artisans et les esprits capables de bâtir et de guider la vallée vers la lumière étaient mis à l’écart, ignorés ou dévalorisés. Pendant ce temps, des individus paresseux ou courtisans recevaient richesse et honneurs, financés par le labeur des autres.

Les champs étaient cultivés avec peine par des paysans loyaux, mais souvent leurs récoltes étaient détournées vers les tours et les greniers de ceux qui détenaient le pouvoir. Dans les villages, certains jeunes, témoins de ces injustices, sombraient dans le désespoir. Ils voyaient la précarité, les routes défoncées, les hôpitaux vides, et se demandaient si la lumière reviendrait un jour.

C’est alors qu’apparut le vieux barbu blanc, sage parmi les sages, assis sous un grand arbre au centre de la vallée. Il parlait aux jeunes désespérés avec la voix de l’expérience : « Mes enfants, c’est toujours comme ça. Rien n’est éternel. Celui qui impose par la peur voit son pouvoir trembler face à la patience et à la détermination. » Il insistait sur l’amour de la patrie, sur la fidélité à la vallée et sur la valeur de ses habitants.

Le vieux expliquait : « Le pouvoir des forts se repose sur l’intimidation, la peur et la manipulation. Mais le pouvoir des sages repose sur le dialogue, la connaissance et la solidarité. Celui qui domine par la force oublie que chaque action laisse des traces, et que les murmures des justes deviennent un torrent imprévisible. »

Alors que les jeunes écoutaient attentivement, un événement secoua le village : un nouveau chef de village fut désigné. Il n’était pas aimé, ni respecté. Il venait de l’extérieur, choisi par des puissants invisibles, et non par le cœur de ceux qu’il devait guider. La population ne lui accordait aucune confiance. Ses mots semblaient vides, ses gestes calculés, et sa présence éveillait la colère et le mépris. Les habitants murmuraient dans l’ombre, certains pensaient à la révolte, d’autres au silence prudent. Mais tous savaient que la légitimité ne se donne pas par décret ; elle se construit par la confiance, le dialogue et le service sincère.

Le vieux barbu observa la scène avec gravité : « Voyez, mes enfants, même un pouvoir imposé ne peut acheter l’âme d’un peuple. Il peut commander, intimider, et manipuler, mais jamais gagner les cœurs qui désirent justice et vérité. Apprenez à rester déterminés, à résister à la manipulation, et surtout, à ne pas céder aux promesses trompeuses ou aux influences extérieures. L’amour de votre vallée est votre arme la plus puissante. »

Même sous les nuages sombres et les vents de peur, les habitants continuèrent à murmurer, à se soutenir et à résister. Dans les marchés, les écoles et les foyers, ils plantaient des graines de courage et de solidarité. Les enfants apprenaient en secret l’histoire des disparus et des emprisonnés, les adultes formaient des réseaux invisibles, et les plus humbles comprenaient que chaque geste discret de résistance contribuait à l’avenir de la vallée.

Les tours pouvaient imposer des lois, contrôler les vents et les messages, manipuler les greniers et semer la division. Mais elles ne pouvaient étouffer la mémoire des disparus, ni le courage des habitants, ni les murmures de ceux qui savent que la lumière reviendra. Chaque murmure, chaque geste discret, chaque regard partagé portait la promesse d’un jour où les routes seraient réparées, l’eau et le pain accessibles à tous, et où chaque voix retrouverait sa force et sa vérité.

Ainsi, la vallée continuait de vivre, sous la vigilance des tours et l’ombre des manipulations, mais portée par les murmures, le courage et la patience de ses habitants. Le vieil arbre répétait : « Résister, c’est exister. » Et les habitants, par leurs murmures, leur détermination et leur amour de la vallée, refusent de disparaître. Leur voix, aujourd’hui étouffée par la peur, la corruption et la manipulation, finira par s’imposer pour rétablir la dignité et la justice.

Konaté Lancine de la jeunesse du RPG ARC EN CIEL.

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