Contre La sansure

La Guinée face au miroir de son destin

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Il est des moments où l’histoire nous invite à marquer une pause, à nous retourner sur le chemin parcouru, afin de mieux mesurer l’abîme qui s’ouvre sous nos pas. La Guinée vit aujourd’hui un de ces instants décisifs.

Comment ne pas rappeler, avec gravité, que ce pays connut, sous l’égide du Rassemblement du Peuple de Guinée et de son président, le Professeur Alpha Condé, une avancée que beaucoup croyaient impossible : l’institutionnalisation du statut de chef de file de l’opposition ? Pour la première fois, l’opposant cessait d’être un ennemi à abattre pour devenir une voix légitime de la République, bénéficiant de subventions et participant, à visage découvert, à l’animation de la vie politique.

À cette innovation s’ajouta la création d’institutions démocratiques qui donnèrent chair à l’État de droit : la Cour Constitutionnelle, la Cour des Comptes, le Conseil Économique et Social, la Commission Électorale Nationale Indépendante, la Haute Autorité de la Communication, l’Institution Nationale Indépendante des Droits Humains. Entre 2010 et 2021, le pays se dota d’un échafaudage institutionnel solide, qui plaçait la Guinée dans le concert des nations respectées. Sur le plan extérieur, elle regagna sa crédibilité auprès des institutions internationales. Sur le plan intérieur, elle se transforma à travers des projets d’envergure barrages hydroélectriques, infrastructures routières, réformes minières autant de réalisations qui marquèrent l’entrée du pays dans une ère nouvelle.

Et pourtant, que voyons-nous aujourd’hui ? Une transition où la politique, loin d’être un espace de débat, ressemble à une marmaille confuse. Jamais nous n’avions assisté à pareil spectacle : il est devenu presque impossible de distinguer certains soi-disant partis politiques des mouvements de soutien improvisés, comparables aux associations de femmes dans les marchés d’Avaria. La dignité de l’action politique se dilue dans une agitation sans colonne vertébrale, où l’essentiel cède le pas à l’accessoire.

Le président de la Transition, Mamadi Doumbouya en compagnie de la Directrice des élections et du ministre de l’Administration territoriale.

Plus inquiétant encore : les institutions bâties hier se voient démolies sous nos yeux. La CENI, jadis clef de voûte du processus électoral, est marginalisée au profit d’une administration toute-puissante. Les maires, les chefs de quartiers et d’autres figures locales, qui devraient tenir leur légitimité des urnes, sont désormais désignés par nomination. Une première dans l’histoire du pays. Et l’on nous parle, dans le même souffle, d’organiser une élection crédible. Quelle ironie !

Les chiffres, eux, ne trompent pas. La Guinée compte aujourd’hui plus de quinze millions d’habitants. En 2020, plus de six millions d’électeurs figuraient sur le fichier électoral. En 2025, le fichier élaboré par la transition peine à dépasser trois millions d’inscrits. Pour masquer ce vide, on a réinjecté en secret certaines cartes de l’ancien fichier, si bien que des citoyens se retrouvent détenteurs de cartes électorales alors qu’ils n’ont jamais été recensés. Est-ce là la vérité des urnes ?

La réponse est claire : non. Un tel simulacre ne saurait être confondu avec une élection digne de ce nom.

La Guinée, qui a déjà payé un lourd tribut à l’histoire, ne mérite pas la parodie qu’on lui impose. Elle mérite des élections sincères, respectueuses de la souveraineté de son peuple, à l’image de l’esprit qui anima hier le RPG et son président dans leur effort de bâtir un État digne. Car le pouvoir, s’il se fonde sur la falsification et le mépris de la vérité, n’est qu’un château de sable. Et l’histoire, toujours impitoyable, finit par emporter dans ses vagues ceux qui s’imaginent pouvoir confondre l’illusion avec la réalité.

Konate Lancine de la jeunesse du RPG ARC EN CIEL.
Jeunesse debout.

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