Contre La sansure

La Guinée ne manque pas d’hommes, elle manque d’institutions (Par Abdourahamane Condé)

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Depuis plus d’un demi-siècle, la Guinée a vu passer des leaders, des présidents, des promesses, des ruptures. Mais dans le fond, le système est resté le même : un pouvoir concentré, une justice dépendante, et une administration qui obéit plus qu’elle ne gouverne. C’est pourquoi, notre problème n’est pas d’avoir eu de “mauvais hommes”, mais d’avoir bâti un État sans institutions solides.

L’homme fort contre l’Etat fort

Dans notre imaginaire politique, on attend toujours un “homme providentiel”, celui qui viendrait sauver, réparer, reconstruire. Mais aucun homme, aussi sincère soit-il, ne peut bâtir un pays sans institutions capables de le contrôler.

Un président ne devrait pas être au-dessus des lois, un ministre ne devrait pas être au-dessus de la justice, et un citoyen ne devrait pas être en dessous de ses droits. Tant que la Guinée fonctionnera selon les rapports de personnes, et non selon les règles d’un État impartial, nous tournerons en rond, d’un régime à l’autre.

Une justice captive, un pays prisonnier

Quand la justice dépend du pouvoir, la vérité devient un instrument. On juge selon les alliances, on poursuit selon les humeurs, et on absout selon les intérêts. Mais un pays ne se construit pas sur la peur ou la faveur. Il se construit sur la confiance dans la loi. Et cette confiance ne se décrète pas : elle se gagne par la transparence, la constance et la responsabilité. La Guinée ne sera libre que le jour où le citoyen croira plus en la justice qu’en les hommes. Ce jour-là, nous aurons enfin franchi le seuil d’un État moderne.

De la personnalisation à l’institutionnalisation

Nos crises politiques répétées ont toutes une racine commune : nous avons remplacé les institutions par des individus. À chaque transition, à chaque nouveau pouvoir, on change les visages, mais on garde les mêmes réflexes : la méfiance, le clientélisme, le favoritisme. Or, bâtir un pays, ce n’est pas changer de chefs, c’est changer de méthode. C’est accepter que la force d’une nation ne vient pas de la loyauté des hommes, mais de la solidité des règles. L’histoire de la Guinée ne doit plus être celle d’un éternel recommencement, mais celle d’une refondation institutionnelle assumée,où le citoyen n’est plus spectateur, mais acteur.

La révolution que nous attendons est institutionnelle

On parle souvent de changement de régime, mais le vrai changement, c’est celui des mécanismes du pouvoir. C’est quand la loi remplace la loyauté, quand le mérite remplace le favoritisme, et quand la responsabilité remplace la peur.

La Guinée n’a pas besoin d’un nouveau messie. Elle a besoin d’un nouveau contrat social, d’une justice qui protège, d’une administration qui sert, et d’une élite qui croit plus en la règle qu’en le privilège. Le jour où nous comprendrons cela, nous aurons enfin quitté le passé.

Abdourahamane Condé                                                                                                                Politologue

Source: https://www.visionguinee.info/la-guinee-ne-manque-pas-dhommes-elle-manque-dinstitutions-par-abdourahamane-conde/

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