La particule et le tout
Il arrive que le silence soit une forme de dignité. Et que la parole, chez certains, soit une trahison répétée de cette dignité.
Ces derniers jours, une tribune s’est risquée à dénoncer l’hommage rendu par Abdoul Sacko à Souleymane Souza Konaté, cadre de l’UFDG. L’auteur du texte, Idrissa Sampiring Diallo, s’y positionne comme gardien des frontières entre engagement citoyen et action partisane. Une posture pour le moins étonnante, venant d’un homme dont la trajectoire incarne précisément la dissolution de toutes ces frontières.
Coordinateur régional de l’OGDH à Labé, administrateur du site InfosBrutes, figure locale de “Fouta Fotti Fii Mamadi”, et militant par intermittence de l’UFD de Baadiko, Idrissa Sampiring cumule les casquettes sans jamais assumer la cohérence d’une seule. Il occupe les espaces, mais n’y construit rien. Il se déploie partout, mais ne s’enracine nulle part.
Face à lui, Abdoul Sacko. Un acteur constant de la société civile guinéenne, connu pour sa rigueur, sa clarté, et son indépendance. Il n’a pas besoin de se définir : ses engagements parlent pour lui. Quand il rend hommage à un combattant de la liberté comme Souza Konaté, il ne franchit aucune ligne : il en trace une, nette, entre les postures et les convictions.

Ce qui gêne ici, ce n’est pas l’objet de l’hommage. C’est ce qu’il révèle : qu’il existe encore des hommes debout, capables de parler vrai, là où tant d’autres ont courbé l’échine. Ce n’est pas la parole d’Abdoul Sacko qui dérange, c’est le contraste qu’elle provoque — brutal — avec l’inconsistance de ceux qui s’agitent sans direction.
Il faut une certaine témérité, ou une mémoire sélective, pour s’arroger le droit de juger ce type de prise de position quand soi-même on a passé des années à multiplier les rôles au gré des rapports de force. À force d’osciller entre tous les camps, on finit par n’être identifié dans aucun. À force de commenter les engagements des autres, on oublie de rendre compte de ses propres silences.
Il n’y a ici ni querelle ni débat d’égal à égal. Il y a d’un côté une voix construite par l’éthique, et de l’autre, un écho façonné par les circonstances. D’un côté, un acteur. De l’autre, une silhouette.
Idrissa Sampiring n’a ni la hauteur ni la légitimité pour interpeller Abdoul Sacko.
Il incarne la particule. Abdoul Sacko incarne le tout.
Alpha Issagha Diallo
Écrivain, témoin du réel
Chroniqueur de la clarté
