LA POLITIQUE AU TABLEAU DE MENDELEÏEV Électrons Nomades et Noyaux Creux
On nous explique, avec le sérieux d’un laborantin en blouse blanche, que tout va bien chez les Réformateurs. Qu’il n’y a eu ni fuite, ni fracture, ni fusion clandestine. Juste un électron qui aurait pris l’air. Un détail, une particule… Circulez, il n’y a pas de réaction.
Le problème, c’est qu’en chimie comme en politique, quand un élément du premier groupe commence à perdre son unique électron de valence, ce n’est jamais “juste un détail”; c’est sa nature. Un métal alcalin n’est pas stable, il s’agite, s’offre et s’oxyde. Il cherche désespérément une autre orbite pour exister. Et quand il en trouve une, il appelle ça une vision stratégique.
Lamarana Petty n’a donc pas emporté les Réformateurs. Il a simplement fait ce que font tous les électrons solitaires : il a quitté son noyau à la première occasion. Ce qui est fascinant, ce n’est pas son départ, mais la surprise feinte de ceux qui découvrent soudain que leur structure reposait sur une particule hautement réactive.
On nous dit que le mouvement est structuré, collégial, solide. Pourtant, à la moindre variation de température politique, ça se met à mousser comme sodium dans l’eau. Explosion de communiqués, bulles de démentis, vapeur d’indignation. Beaucoup de bruit, beaucoup de chaleur… et au final, un résidu tiède au fond du bécher.
Et puis il y a l’UDRG, cet élément en recomposition permanente, qui capte tout ce qui flotte dans l’air ambiant. Une sorte d’aspirateur atomique. Rien de personnel, c’est de la chimie opportuniste. Si un électron passe à portée, on l’intègre. On appelle ça une alliance, on sourit pour la photo, on parle de convergence et on oublie de préciser que, dans ce type de liaison, l’un des deux finit toujours par perdre sa charge initiale.
Mais la beauté du tableau, c’est la GMD, le grand récipient final. La tasse chaude dans laquelle tout le monde finit par fondre en expliquant qu’il s’agit d’un choix mûri, réfléchi, historique. On ne se dissout pas, voyons, on contribue. On n’est pas absorbé, bon sang, on participe. On n’est pas du sucre, on est un acteur structurant… Jusqu’au moment précis où l’on cesse d’être visible.
Hier, on nous vendait une réforme, aujourd’hui, on nous vend un démenti et demain, on nous ventera une adhésion stratégique. La constante, ce n’est pas la ligne politique, c’est la capacité à renommer chaque transformation en victoire. La désintégration devient clarification; la fuite devient initiative individuelle et la dissolution devient repositionnement.
Au milieu de tout cela, le citoyen observe cette grande expérience scientifique nationale où chacun jure qu’il contrôle la réaction alors que tout indique une instabilité chronique. Ils ne construisent pas un parti, ils manipulent des éprouvettes. Ils ne consolident pas une base, ils testent des combinaisons. Ils ne forment pas des militants, ils recrutent des emojis.
La vérité cruelle, c’est qu’un mouvement qui peut être emporté par un seul électron n’en était pas un, c’était une illusion moléculaire. Une structure dessinée à la craie sur le tableau noir de l’ambition personnelle. Et quand la pluie tombe, il ne reste rien à défendre, sinon l’orgueil blessé d’avoir cru à sa propre formule.
Les Réformateurs jurent qu’ils restent unis, déterminés, engagés. Très bien. Qu’ils prouvent alors qu’ils ne sont pas un élément du premier groupe condamné à réagir au moindre contact, cessent d’exploser à chaque friction et démontrent qu’ils peuvent exister sans s’agréger, se dissoudre ou se recycler dans le composé dominant du moment.
En attendant, la scène est limpide : un électron parti, un noyau qui proteste, un autre élément qui absorbe, et au-dessus de tout, la grande tasse politique où chacun espère ne pas être le prochain morceau de sucre à disparaitre.
La réforme promettait la modernité, elle offre une démonstration de chimie élémentaire. Et dans ce laboratoire à ciel ouvert, ce qui manque, ce ne sont pas les électrons mais la stabilité.
Alpha Issagha Diallo
Cauchemar des Réformateurs
