LA PRÉSIDENTIELLE EN FORMAT HAWING : 9 CANDIDATS, 9 COURTISANS, 9 FANTÔMES
Ils ont sorti l’affiche officielle avec l’assurance de ceux qui pensent que la population a perdu la vue. Neuf candidats alignés, neuf sourires en location, neuf silhouettes posées comme des mannequins en fin de collection. Mais le pays connaît maintenant la procédure : on affiche les figurants, on cache les vrais acteurs, et on enterre les absents.
Derrière les 9 candidats officiels, la foule des 9 candidats officieux s’agite comme une volée de cancrelats dès qu’on allume la lumière. En tête : Guillaume Hawing, le statisticien qui prédit l’avenir en puisant dans les chiffres qu’il a lui-même bricolés. Il ne soutient pas Mamadi : il soutient son destin de futur fonctionnaire de luxe. Il ne lit pas les sondages : il devient le sondage. Il ne commente pas l’élection : il souhaite qu’elle le commente lui.
Mais Hawing n’est que le chef d’orchestre d’un orchestre de casseroles.
Voici les musiciens de la servilité : Charles Wright, qui hurle plus qu’il ne parle, gesticule plus qu’il n’explique, et finit toujours par défendre ce qu’il condamnait trois jours plus tôt. Ousmane Gaoual, devenu l’ombre bruyante du pouvoir après avoir été l’ombre tranchante de l’opposition. Aboubacar Sylla, l’homme capable de dire blanc à midi, noir à quatorze heures, et convaincre tout le monde… sauf sa propre conscience. Badra Koné, globe-trotter politique. Étienne Soropogui, opposant du matin et pèlerin du soir. Diabati Doré, dont les convictions tiennent dans une feuille morte.
Puis viennent les spécialistes du slogan alimentaire: Ismaël Condé et son mouvement “Merci Mon Général”, premier mouvement politique de Guinée où le programme commence et finit par une prosternation. Aboubacar Soumah et son AFP — Agence de Fidélité Permanente. Makanéra Kaké et sa Synergie, une synergie tellement faible qu’un moustique suffirait à la renverser.
Et voici le champion des sigles farfelus : Cellou Baldé et son MOCEB–Mamadi, ce sigle qui sonne comme un produit de latrines. MOCEB : Mouvement des Opportunistes pour la Conservation Éternelle du Butin. Un mouvement où on rampe pour exister.

Tous ont un passé commun : ils ont survécu sous les aisselles de Cellou Dalein, sous les parapluies de Sydia, sous les miettes d’Alpha Condé. Aujourd’hui, ils survivent sous les rangers de Mamadi. Toujours sous quelque chose. Jamais debout.
Pendant qu’ils s’arrachent des miettes comme des poules affamées, la liste des 9 fantômes s’allonge : des disparus, des exilés, des militants effacés, des opposants enterrés dans le silence administratif.
Voilà l’équation parfaite de la Transition : 9 officiels pour décorer, 9 officieux pour applaudir, 9 effacés pour terroriser. Un total que seul Hawing pourra présenter comme “victoire populaire”.
Mais le peuple n’a pas besoin de calculatrice. Il sait que ces sigles ne sont que des codes-barres sur des ambitions nues. Il sait que dans ce carnaval politique, la loyauté se vend à la louche. Il sait que parmi les 27, un seul est vraiment candidat : la confiscation.
Les autres ne sont que des figurants certifiés. Des silhouettes interchangeables. Des vocabulaires ambulants. Des sacs vides qu’on remplit de postes pour les faire tenir debout.
Et qu’ils se préparent : le 28 décembre ne sera pas l’élection du peuple, ce sera l’autopsie publique de leur dignité. Une autopsie en direct, où le cadavre qu’on ouvrira ne sera pas celui de la Guinée, mais celui de leur honneur, mort depuis longtemps, enterré sous leurs propres signatures, et recousu par les chiffres de Hawing comme un linceul de papier.
Alpha Issagha Diallo
Fils indigné de la République,
Machette du verbe, fossoyeur des carrières rampantes,
Incendiaire des illusions militaires.
