Contre La sansure

LA REPUBLIQUE TRANSFORMEE EN RING D’ANCIENS CAMARADES

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Il faut désormais le dire sans détour car il est clair que la Guinée n’a pas un problème de stades. Elle a un problème de vérité. Et quand un État commence à mentir sur du béton, c’est que tout le reste est déjà fissuré.

D’un côté, Ousmane Gaoual Diallo, porte parole du gouvernement, avec ce ton grave qu’on adopte quand on veut faire passer une résignation pour de la pédagogie, nous explique que construire des stades, c’est presque un caprice. Que l’argent doit aller à l’école, à la santé et aux routes. Autrement dit : « soyez patients, soyez pauvres, et surtout compréhensifs ». Une manière élégante de dire au peuple que même rêver d’un stade est devenu un luxe déplacé.

De l’autre, Cellou Baldé, ministre de la jeunesse et des sports, surgit, convoque, exige, ordonne et menace presque. Il faut accélérer, travailler jour et nuit, puis livrer. Comme si les chantiers répondaient aux coups de menton, que le béton se coulait sous pression verbale et que l’argent, lui, apparaissait par décret. Et là, le miracle guinéen devient encore plus savoureux car ce ne sont pas seulement deux ministres qui se contredisent. Ce sont deux anciens compagnons d’un même parti, recyclés dans un même pouvoir, qui poursuivent ailleurs une vieille querelle jamais enterrée.

L’Union des Forces Démocratiques de Guinée n’est plus leur maison, mais visiblement, ses fractures, elles, ont été soigneusement déménagées jusque dans les bureaux de la République. Hier, ils parlaient en rivaux au nom d’une même ligne, aujourd’hui, ils parlent depuis deux camps opposés au sein du même gouvernement. L’un explique pourquoi on ne peut pas, l’autre exige qu’on fasse quand même. Ce n’est plus une contradiction, c’est une revanche politique sous perfusion administrative. On pourrait en rire si ce n’était pas si révélateur. Car enfin, que faut-il comprendre ? Que les caisses sont vides mais que les ambitions sont pleines ? Que l’État est pauvre mais que les ego sont riches ? Ou plus simplement que personne ne pilote rien, et que chacun règle ses comptes en conférence de presse pendant que les chantiers prennent la poussière ?

Pendant ce temps, Équipe de Guinée de football continue son exil silencieux, condamné à jouer ailleurs, à représenter un pays incapable de lui offrir un stade, mais parfaitement capable d’offrir au monde un spectacle inédit : un gouvernement où les ministres ne construisent pas des infrastructures, mais des contradictions. Le plus ironique, c’est que tout cela se fait avec une incroyable assurance. Chacun parle comme s’il détenait la vérité absolue, alors que tous participent à la même confusion générale. Ce n’est plus de l’amateurisme, c’est une discipline collective. Mais ne nous trompons pas, ce qui se joue ici dépasse largement les stades. Ce n’est pas une question de normes ou de délais. C’est une guerre froide importée, une rivalité politique recyclée, une fracture ancienne qui refuse de mourir et qui trouve aujourd’hui un nouveau terrain de jeu : l’État lui-même.

L’ancienne maison a brûlé, mais les braises ont été transportées ailleurs. Et maintenant, c’est la République qui sert de foyer. Le plus insultant, finalement, ce n’est même pas l’inefficacité mais l’idée qu’on puisse avaler ça sans broncher. Qu’on puisse entendre aujourd’hui « il n’y a pas d’argent » et demain « accélérez les travaux » sans comprendre qu’on assiste à un règlement de comptes déguisé en politique publique. Ce n’est plus du mépris, c’est une mise en scène. Alors oui, les stades ne sont pas prêts et à ce rythme, ils risquent de ne jamais l’être. Mais soyons honnêtes une seconde, ce pays n’est pas bloqué par le manque de moyens. Il est paralysé par des responsables qui continuent de se battre pour des héritages politiques pendant qu’ils prétendent gouverner.

Dans la Guinée de Mamadi Doumbouya, on ne construit plus des infrastructures, on recycle des rivalités. Pendant que deux anciens frères politiques se disputent encore l’ombre d’un parti qu’ils ont quitté et sapé, le pays, lui, reste assis dans un stade qui n’existe pas. Finalement, le vrai chantier n’est pas à Nongo, ni au 28 septembre, il est dans cette incapacité chronique à dépasser les querelles d’hier pour construire le minimum d’aujourd’hui. Ou alors si les stades sont en chantier, force est de constater que le mensonge, lui, est déjà livré clé en main.

Alpha Issagha Diallo                                                                                                    Archiviste du désordre organisé

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