La responsabilité avant la précipitation (Par Abdourahamane Condé)
Dans les moments où l’actualité domine le pays et capte l’attention de tout un peuple, la parole publique devient un acte lourd de conséquences. Elle ne relève plus seulement de la communication politique ; elle touche à la stabilité sociale, à la confiance collective et au respect dû aux citoyens.
Aujourd’hui, ce qui frappe, ce n’est pas seulement le contenu des annonces ou des déclarations, mais la dynamique qui les entoure. Les communicants des deux camps, du GMD comme de l’opposition politique, semblent engagés dans une course à celui qui parlera le premier. Cette compétition de vitesse, dans un contexte aussi sensible, pose un problème de fond.
Informer est-il devenu un exercice de stratégie plutôt qu’un devoir de vérité ?
La démocratie repose sur la liberté d’expression. Cette liberté est précieuse. Elle permet la critique, le débat contradictoire et la pluralité des opinions. Mais elle ne saurait être confondue avec le libertinage informationnel, encore moins avec la spéculation. Critiquer objectivement est un droit. Diffuser des hypothèses non vérifiées pour influencer l’opinion est une faute morale et politique.
Lorsqu’il s’agit de la vie d’un peuple, chaque mot compte. Une annonce prématurée peut créer de l’inquiétude, alimenter des tensions ou installer une méfiance durable. À l’inverse, une communication responsable, fondée sur des faits vérifiés et présentée avec mesure, renforce la crédibilité des institutions comme celle de l’opposition.
La politique ne devrait pas être une compétition de rapidité médiatique. Elle devrait être un espace de responsabilité, de retenue et de maturité. Gouverner, comme s’opposer, exige la même rigueur dans le rapport à la vérité. Le peuple mérite mieux qu’un affrontement de communiqués ; il mérite de la clarté, de la cohérence et du respect.
Dans un climat déjà chargé, le silence temporaire peut parfois être plus honorable qu’une parole précipitée. Attendre de disposer d’informations fiables n’est pas un signe de faiblesse ; c’est une marque de sérieux.
La confiance publique est fragile. Elle se construit lentement et se détruit rapidement. Ceux qui prennent la parole au nom d’un camp politique devraient se rappeler que, au-delà des stratégies et des calculs, c’est la stabilité du pays et la dignité du débat démocratique qui sont en jeu.
Il appartient à tous les acteurs politiques de se rappeler que leur rôle dépasse la simple compétition. La parole publique est un instrument de construction, pas de division. Agir avec rigueur et retenue n’est pas une option, c’est un devoir envers le peuple et envers la démocratie. Car c’est en plaçant la vérité et le respect au centre du débat que le pays pourra avancer, dans la sérénité et la confiance.
Par Abdourahamane CONDE
Politologue
Source: https://www.visionguinee.info/
