Contre La sansure

L’ancien dirigeant burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba a été extradé au Burkina Faso par le Togo

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L’ex-dirigeant militaire du Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été extradé par le Togo, où il avait trouvé refuge en 2022, à la demande des autorités burkinabè. Renversé par l’actuel dirigeant du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, il vivait depuis à Lomé, d’où il est accusé par Ouagadougou d’avoir fomenté plusieurs tentatives de putsch.

Au Burkina Faso, il est considéré comme une menace par le régime militaire d’Ibrahim Traore. L’ancien président de transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui avait pris le pouvoir au Burkina Faso en 2022 avant d’être renversé quelques mois plus tard lors d’un nouveau putsch militaire, a été extradé par le Togo, où il avait depuis trouvé refuge, vers le Burkina Faso, samedi 17 janvier.

Le régime burkinabè l’accuse d’avoir fomenté plusieurs tentatives de coups d’État dans son pays ces dernières années, dont une tout récemment, début janvier.

Les autorités togolaises ont indiqué dans un communiqué avoir répondu favorablement à une demande d’extradition du Burkina Faso visant l’ancien président de transition, poursuivi notamment pour « détournement criminel de deniers publics », « corruption », « blanchiment », ou bien encore « incitation à la commission de délits et de crimes ».

Dirigeant éphémère du Burkina Faso  

À la tête d’un groupe de soldats mutins, Paul-Henri Sandaogo Damiba avait pris le pouvoir par les armes le 24 janvier 2022, renversant le président Roch Marc Christian Kaboré. Pour justifier son action, il avait alors mis en cause « la dégradation continue de la situation sécuritaire » face à la recrudescence d’attaques de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique dans le pays.

Mais huit mois plus tard, le 30 septembre, Paul-Henri Sandaogo Damiba était à son tour renversé par un jeune capitaine, Ibrahim Traoré, qui évoquait alors les mêmes motifs sécuritaires et fustigeait l’échec du président de transition. 

Pour éviter un bain de sang au sein de l’armée, Paul-Henri Sandaogo Damiba avait accepté de démissionner, mais à plusieurs conditions : l’amnistie pour lui, ses proches et les soldats qui s’étaient engagés à ses côtés, la poursuite de la réconciliation nationale, ainsi que le respect des échéances devant permettre un retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 1er juillet 2024. Ce pacte, accepté par Ibrahim Traoré, avait permis à Paul-Henri Sandaogo Damiba d’être transféré sous protection au Togo.

Accusé de vouloir déstabiliser le régime

Mais l’accord n’a duré qu’un temps. En novembre 2024, deux ans après son départ du Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba a été radié de l’armée avec 14 autres officiers pour « intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes » visant à déstabiliser le Burkina. Le capitaine Traoré disait alors « espérer » son extradition.

Paul-Henri Sandaogo Damiba, lors de la cérémonie d’investiture en tant que président de la transition, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 2 mars 2022. © Olympia De Maismont, AFP

Quelques mois plus tôt, le magazine Jeune Afrique s’était fait l’écho d’une lettre envoyée par Paul-Henri Sandaogo Damiba à Ibrahim Traoré, lui reprochant un certain « aveuglement » et alertant sur « l’échec de la stratégie du tout-militaire ».

Depuis sa prise de pouvoir, Ibrahim Traoré, qui a prolongé la transition jusqu’en 2029, a dénoncé à de multiples reprises des tentatives de déstabilisation depuis l’étranger, accusant la France, la Côte d’Ivoire ou bien encore le Bénin.

En Interne, toute contestation est impossible et ceux qui s’y risquent sont envoyés au front – des enrôlements forcés décrétés sous couvert de la loi sur la mobilisation générale contre le terrorisme.

L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba du Togo intervient après la dénonciation par Ouagadougou d’une nouvelle tentative de putsch, dont Paul-Henri Sandaogo Damiba est accusé d’être le principal instigateur.

Le 3 janvier, « était prévue une action de déstabilisation du pays (…) par une série d’assassinats ciblés des autorités civiles et militaires, en commençant par la neutralisation du camarade capitaine Ibrahim Traoré », avait affirmé quelques jours après cette date le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, à la télévision d’État.

Celle-ci a par ailleurs diffusé plusieurs « vidéos d’aveux » de complices présumés, pointant la responsabilité de Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Procès équitable, sans peine de mort

Le 16 janvier, il a été interpelé à Lomé, en exécution du mandat d’arrêt adjoint à la demande d’extradition, puis écroué, indique le communiqué des autorités togolaises.

« Des hommes sont venus le chercher à son domicile pour l’emmener à la Cour d’appel », explique le correspondant régional de France 24, Serge Daniel. « N’étant libre de ses mouvements, on lui a ramené une valise avec ses effets personnels. Il a été conduit, le lendemain, à l’aéroport », poursuit-il.

Le Burkina Faso avait déjà appelé à plusieurs reprises par le passé à l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Le Togo indique avoir répondu à une demande d’extradition reçue le 12 janvier. Celle-ci a été acceptée sur le fondement que l’ancien dirigeant burkinabè ait droit à « un procès équitable » et à « l’absence de peine de mort ».

Une condition cruciale, le Burkina Faso ayant récemment rétabli la peine capitale, notamment pour les crimes de haute trahison.

Source: https://www.france24.com/fr/afrique

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