Contre La sansure

Le 321e rapport du International Crisis Group se consacre au Sahel

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International Crisis Group a publié le 20 février dernier son 321e rapport sur l’Afrique, intitulé « le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et le dilemme de l’expansion au-delà du Sahel ».

C’est le dilemme d’une organisation dont la vocation à la naissance était locale. L’objet, unir les combattants de Dieu pour chasser la France et sa coalition internationale des terres du Sahel. Puis, le succès, sans doute, pas si tôt espéré, est arrivé impromptu. Pratiquement confiné dans le septentrion malien et burkinabè à sa création en mars 2017, le Jnim a réussi en moins d’une décennie à s’étendre sur de vastes contrées au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Il a rendu impraticables plusieurs axes routiers importants dans les trois pays, a mis plusieurs villes sous blocus, dont Bamako, la capitale du Mali, qui depuis septembre 2025, compose avec les pénuries de carburant.

Ouagadougou est en alerte maximale, depuis la nomination par le groupe du Mauritanien Abou Hamza Al-Chinguetti – un vétéran du jihad – pour conduire les attaques sur les villes du Burkina. Niamey, qui se relève péniblement de l’attaque complexe du groupe État islamique contre son aéroport dans la nuit du 28 au 29 janvier dernier, sent la menace dans ses faubourgs. Avec une telle réussite, l’inquiétude forcément se fait jour chez les voisins du Sahel central, les pays côtiers du golfe de Guinée.

Qui est le Jnim ?

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a été créé par des groupes jihadistes qui ont préfiguré l’AÉS, avant les juntes militaires. Les créateurs du groupe sont pour l’essentiel des Maliens, Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. Il reste le statut de l’Ansarul Islam, groupe burkinabè créé par Malam Dicko, dans le Soum et qui, en 2017, s’était fait remarquer dans plusieurs attaques contre les FDS burkinabè. Factuellement, il a connu un passage à vide après l’opération militaire conjointe franco-burkinabè, Panga, en avril 2017, mais il se revendique comme membre créateur du Jnim, même si à ce jour aucun de ses membres ne siège dans la shura, la direction centrale du groupe.

Créé pour chasser la France, ses militaires et la coalition internationale Minusma du Sahel, le Jnim a obtenu beaucoup mieux, en renversant tout au Sahel, servi par une circonstance inattendue : l’irruption des juntes, entre 2020 et 2023, qui toutes, comme le Jnim, en avaient après la France au point de tout jeter par-dessus bord, l’eau du bain et le bébé avec.

Cette expansion redoutée du Jnim se fait attendre. Comment l’expliquer ?

Le Jnim, selon le rapport de l’ICG, considère que le coût-avantages de l’expansion aux pays côtiers du golfe de Guinée n’est pas stratégiquement évident et l’expose aux risques de fragmentation. Ce qu’elle a su éviter jusque-là, contrairement à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et à Boko Haram.

Néanmoins, l’expansion reste une question nodale. Les échelons locaux qui y ont des intérêts immédiats, souvent désobéissent aux directives de la centrale. Il en est ainsi du cas du Bénin. Malgré les consignes de Iyad Ag Ghaly, le Jnim y a perpétré, en 3 ans, plus de 600 incidents faisant près de 700 morts. Attitude justifiée par Ousmane Dicko, l’un des leaders du groupe au Burkina Faso, comme une réponse aux harcèlements répétés contre ses combattants.

International Crisis Group fait à cette occasion des recommandations.

International Crisis Group fait à cette occasion trois recommandations. D’abord investir dans le renseignement pour saisir les dynamiques politiques et cartographier les risques en identifiant les acteurs et les sources de frustrations locales. Puis Préférer, dans le déploiement aux frontières, les forces de sécurité intérieure aux unités militaires. Responsables de l’aggravation des fragilités qui fertilisent l’implantation des groupes jihadistes.

Enfin, imaginer des compromis avec les groupes, de préférence de façon coordonnée, plutôt que concurrentielle entre les États concernés.

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