Contre La sansure

 »… le Conseil de paix et de sécurité ne doit ni approuver ni légitimer ces nouveaux phénomènes. »

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À Addis-Abeba, lors de la cérémonie d’ouverture de la 39ᵉ session ordinaire de l’Union africaine, le président angolais João Manuel Lourenço a choisi de dire tout haut ce que beaucoup murmurent encore sur le continent, on est en train de s’habituer dangereusement aux coups d’État puis de les normaliser comme s’ils n’avaient jamais eu lieu.

Sans les citer dans son propos, la cible est limpide : Mamadi Doumbouya (Guinée) et Brice Clotaire Oligui Nguéma (Gabon). Deux militaires arrivés au sommet de l’État par la force, avant d’organiser des élections pour habiller leur prise de pouvoir d’un vernis de légitimité et surtout, pour obtenir la reconnaissance politique que confère la présence à un sommet de l’UA.

Le message du President Lourenço est direct car on ne peut pas récompenser un putsch en lui offrant, quelques mois plus tard, une place à la table des chefs d’État. Car c’est précisément là que le danger commence. Quand un coup d’État est suivi d’un calendrier électoral soigneusement mis en scène, il ne disparaît pas ; il se transforme en stratégie. Et quand les institutions régionales finissent par l’accepter, même indirectement, elles envoient un signal terrible cest à dire renversez un pouvoir, puis organisez une élection… et tout sera pardonné.

Pour le président sortant de l’UA, le Conseil de paix et de sécurité ne doit ni approuver ni légitimer ces nouveaux phénomènes. Pourquoi ? Parce que ce mécanisme revient à encourager les putschistes : on tolère d’abord la rupture, puis on “blanchit” ensuite l’acte initial, comme si l’ordre constitutionnel n’avait pas été piétiné.

En clair, le President Lourenço dénonce une dérive : le coup d’État devient une porte d’entrée vers le pouvoir, et l’élection au lieu d’être un choix libre dans un cadre normal devient l’étape finale d’une opération de régularisation politique. Or une Afrique qui banalise cela prend le risque d’installer une règle implicite, cynique, mais efficace : la force d’abord, les urnes ensuite, la légitimité à la fin.

Lire l’extrait du discours:

Le président angolais João Manuel Lourenço prononçant son discours.

Nous assistons à l’émergence de nouveaux phénomènes qui ne doivent pas être légitimés et approuvés par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.

Lorsque nous évoquons la nécessité du rétablissement de l’ordre constitutionnel après une prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels, nous n’entendons pas affirmer qu’il serait rétabli du seul fait que les auteurs du coup d’État organisent des élections et s’y fassent élire.

Il s’agit là d’une forme de blanchiment d’un acte entaché d’illégitimité, qui commence malheureusement à être considéré comme normal et donc acceptable, alors qu’il menace en réalité les fondements de nos principes et la paix et la sécurité du continent.

Cela ne peut pas devenir une nouvelle norme pour accéder au pouvoir, car ce serait une manière indirecte d’encourager les coups d’État, pour ensuite les blanchir et faire comme si de rien n’était.

Abdoul Karim DIALLO

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