Le français en partage, l’Élysée en décalage
20 mars. Une date. Un symbole. Une fierté qui crépite sous toutes les latitudes. Du Fouta-Djallon aux bords de la Seine, de l’Asie au Québec, le français n’est plus une langue héritée. C’est une force qui s’impose. Les chiffres hurlent la vitalité. 396 millions de locuteurs ! La quatrième place mondiale conquise de haute lutte derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol.
Regardez cette ascension ! Selon l’OIF, notre idiome grimpe. S’installe. Respire. Il est la deuxième langue la plus apprise au monde. Sur la toile, il tisse sa toile, quatrième puissance numérique. Dans les classes, 93 millions de destins s’écrivent en français. C’est un empire sans frontières, porté par 102 instituts et 824 alliances françaises. Un réseau de lumière qui forme un demi-million d’âmes chaque année.
Pourtant, au sommet de la pyramide, le vertige saisit. Là où la voix devrait porter le fer de la culture, on murmure dans la langue de Shakespeare. Le paradoxe est cruel. On a vu le XIXe Sommet de la Francophonie briller en France en 2024, avant de passer le relais au Cambodge. On voit l’Union de la presse francophone, née à Limoges en 1950, s’échiner à protéger cet outil de travail. Mais que voit-on à l’Élysée ? Un étrange complexe.
Jacques Chirac, l’américanophile, n’a jamais transigé. Pour lui, le français était le visage de la France et la sève de la francophonie. Point.

Ses successeurs, Nicolas Sarkozy puis François Hollande, bien que séduits par les sirènes de l’anglicisme et rompus aux codes de la mondialisation, ne désertaient jamais le front linguistique. Ils gardaient le cap. Pour eux, la langue n’était pas un accessoire de mode, mais le sceptre de la souveraineté. Ils savaient que l’influence ne se négocie pas dans l’idiome de l’autre, mais s’impose dans la clarté du sien.
Aujourd’hui, le spectacle change. À Davos comme ailleurs, Emmanuel Macron multiplie les embardées linguistiques. Est-ce un excès de zèle ? Une soif de modernité mal placée ? S’exprimer en anglais quand on représente la patrie de Molière, le berceau du monde francophone, n’est pas un signe de compétence mais une faute de goût diplomatique. La francophonie ne peut s’imposer si son premier ambassadeur semble vouloir s’en émanciper. N’est-ce pas ?
En cette Journée internationale de la Francophonie, je le martèle ici et maintenant, l’heure est au rappel à l’ordre. Pour ma part, je considère qu’il est temps que ce 20 mars agisse comme un électrochoc au sommet. Que le français ne soit plus seulement le refuge des poètes, l’outil des journalistes ou le labeur des écoliers. Nom d’une pipe ! Sans complexe, et surtout, sans filtre étranger.
J’ai dit. C’est ça qui est ça.
Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 24 mars 2026

