Contre La sansure

Le général Amara Camara recadre sèchement Bah Oury: « Aucune date n’a été fixée »

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La scène se passe ce jeudi, en pleine conférence de presse. Un journaliste, sans doute bien informé, pose une question directe sur une déclaration du Premier ministre Bah Oury. Selon ce dernier, toutes les élections prévues dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel devraient se tenir en décembre 2025. Une annonce censée calmer les inquiétudes. Mais voilà : quelques jours plus tard, c’est un démenti net et sans fard qui tombe… venu tout droit du Palais.

Le général Amara Camara, porte-parole de la présidence, n’y est pas allé par quatre chemins :

《J’ai également appris que le Premier ministre avait déclaré que les élections se tiendraient ensemble en décembre 2025. C’était une nouvelle pour moi. Tout ce que je sais, c’est qu’à ce jour, aucune date n’a été fixée. Pour l’instant, il s’agit d’un référendum. Il faut une Constitution avant de fixer une date. J’espère que ce jour viendra, afin que le Président puisse enfin signer la date qui sera choisie.》

Une réponse cinglante. Une gifle politique, en pleine lumière.

Ce démenti en bonne et due forme ne laisse aucune place au doute : non seulement Bah Oury n’a pas autorité pour annoncer une quelconque date, mais il semble même en être réduit à commenter un processus dont il n’a pas la maîtrise. Ce qui pose une question simple mais brûlante : à quoi sert le Premier ministre s’il est contredit publiquement par un proche du président ? Et pire encore, s’il est tenu à l’écart des décisions fondamentales de la transition ?

Bah Oury, Premier ministre de l’ombre ?

Depuis sa nomination, Bah Oury tente tant bien que mal d’imprimer sa marque, entre discours républicains et promesses de stabilité. Mais de plus en plus, sa parole est remise en cause, parfois contredite, souvent ignorée. Cette dernière sortie du général Amara Camara ressemble à un désaveu. Clair, sec, sans filtre. De ceux qu’on ne corrige pas avec un communiqué.

Alors que le pays vit une période cruciale, chaque mot compte. Une déclaration sur les élections n’est pas un simple commentaire de couloir : c’est une prise de position politique majeure. Si le Premier ministre s’avance sans mandat, c’est grave. Et s’il est publiquement corrigé par le cercle présidentiel, c’est encore plus grave.

Le pouvoir réel est ailleurs

Bah Oury l’a-t-il compris ? Le peuple, lui, observe. Il voit un Premier ministre qui parle, mais qu’on fait taire. Un homme qui promet, mais qui n’agit pas. Un dirigeant de transition sans levier. Une façade. Et si c’est bien le cas, alors pourquoi rester ? Pourquoi continuer à occuper un poste vidé de sa substance ?

La vérité, c’est qu’en Guinée, le pouvoir ne se proclame pas. Il s’exerce. Et à ce jeu-là, Bah Oury semble de plus en plus marginalisé.

Un référendum sans Constitution, une transition sans calendrier, et maintenant un Premier ministre sans autorité ? Il serait peut-être temps de dire les choses telles qu’elles sont. Brutalement, mais honnêtement.

Et si Bah Oury n’était qu’un figurant dans un théâtre politique dont le script se décide ailleurs ?

 

Abdoul Karim Diallo

 »Quand un Premier ministre parle sans être écouté, ce n’est plus de la gouvernance, c’est de la figuration. »

 

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