Le Parlement européen demande la libération de Mohamed Bazoum et provoque une crise à Niamey
La résolution du Parlement européen, largement adoptée, demandant la libération du président Mohamed Bazoum, au Niger, ne passe pas. Elle a provoqué la colère à Niamey, dans l’Alliance des États du Sahel (AES). L’Union européenne a-t-elle les moyens de se faire entendre ?
L’Union européenne (UE), avec cette résolution, se doute bien que les juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES) allaient se cabrer. Qu’elles y auraient vu un complot. Que celui qui est à l’initiative de la résolution, Christophe Gomart, soit un Français et un ancien militaire, aurait été considéré comme la preuve irréfragable du complot et aurait donné lieu à une fin de non-recevoir. L’AES respecte la force militaire. L’UE n’en est pas une.
Néanmoins, quasi-unanimement adoptée par 524 députés sur 555, la résolution a une force symbolique certaine qui va booster les mouvements qui se battent pour la libération du président Bazoum, dont le mandat de cinq ans, acquis en 2021, arrive à son terme le 2 avril prochain.
Malgré les pressions énormes des militaires, Mohamed Bazoum a refusé de démissionner. Une force de caractère qui sanctifie la volonté démocratique des Nigériens et déroute les militaires qui découvrent qu’on ne peut pas tout faire avec une baïonnette.
Une deuxième résolution qui ne parle plus de séquestration
C’est une question de realpolitik. La junte est de droit, le pouvoir légal. L’Union européenne a donc choisi de parler de détention arbitraire, forcément problématique en droit, puisqu’à ce jour la volonté proclamée de la junte de poursuivre Bazoum pour haute trahison n’a pas formellement donné lieu à une inculpation, malgré la levée en 2024 de son immunité. La résolution du Parlement européen exploite cette faille et s’inscrit sur un registre qui devrait être moins clivant, celui de la défense des droits humains. Mais nous sommes à l’AES où les droits humains et la démocratie sont vus comme les chevaux de Troie de l’impérialisme.
En outre cette résolution rappelle deux autres choses qui ne sont pas pour plaire à Tiani. La première, que Bazoum est démocratiquement élu, ce qui implicitement questionne la légitimité du pouvoir militaire et met en exergue le caractère inacceptable de son maintien en détention, qui est une violation de la volonté souveraine des Nigériens. Il n’y a pas de souverain au-dessus du peuple et, à ce jour, la science politique n’a pas inventé mieux que le suffrage universel pour établir cette volonté.
Ensuite, cette résolution donne un nouvel écho international à cette crise au Sahel, qui ne se résorbe pas, qui s’installe dans la routine de l’actualité avec le risque d’être reléguée, comme le sont les crises au Soudan et en République démocratique du Congo. Mais ce n’est pas cela qui gêne les juntes. Le problème, c’est que cette résolution brise le « entre soi », qu’elles se sont évertuées à mettre en place. Un entre-soi caractérisé par le contrôle absolu de tout, que la résolution viole en suggérant que la situation, en matière sécuritaire, continue de se détériorer, que les groupes terroristes continuent de mener des attaques meurtrières. Toute chose contraire aux récits contrôlés décrivant un AES libéré du terrorisme qui, de Bamako à Niamey en passant par Ouagadougou, s’attelle à construire usines et autoroutes.
Ahmed Newton Barry

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