Contre La sansure

Le Pouvoir de transition CNRD et ses Miroirs Trompeurs

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Il est des périodes où les sociétés, vacillantes entre mémoire et reniement, s’abandonnent à une théâtralisation servile du pouvoir, où la parole publique trahie devient masque, et où l’intelligence collective se laisse circonvenir par l’opportunisme ambiant.

Depuis le 5 septembre 2021, la République de Guinée est le théâtre d’un mimétisme généralisé, où certains journalistes, artistes, administrateurs, guides religieux, acteurs de la société civile, responsables syndicaux, diplômés en déshérence et figures politiques rivalisent dans une compétition affligeante de flagornerie. À l’heure où les principes devraient guider les postures, c’est la versatilité qui devient vertu, et le silence complice, nouvelle forme de patriotisme contrefait.

L’on observe, chez nombre de journalistes jadis auréolés d’un capital de crédibilité, une inclination à substituer l’intégrité éditoriale par une prose servile. L’investigation rigoureuse et la confrontation des faits ont cédé la place à une narration embellie de la réalité, alignée sur les intérêts du pouvoir en place. L’éthique journalistique est dès lors défigurée par une connivence qui désarme l’opinion et étouffe l’espérance démocratique.

Les artistes, jadis veilleurs de la conscience populaire, semblent s’être transformés en chantres de l’ordre établi, élevant des odes stériles à la gloire d’une transition au souffle incertain. Le verbe lyrique s’est mué en incantation de cour, et la fibre contestataire s’est fondue dans les partitions d’un conformisme mélodique. La création, qui fut jadis épée, devient accessoire d’apparat.

Quant à certains administrateurs territoriaux, préfets ou maires, leur action s’apparente moins à une incarnation de l’État de droit qu’à une exécution zélée de directives politiciennes. L’administration, au lieu d’être la garante de la continuité républicaine, devient un vecteur d’allégeance, une excroissance de la propagande, quand elle n’est pas le bras armé de l’arbitraire localisé.

Les autorités religieuses, dans certaines configurations, troquent l’autorité morale contre une posture équivoque, diluant le verbe prophétique dans un discours mesuré, presque timoré. Là où l’on attendait l’élévation spirituelle, s’impose une liturgie de l’évitement, soucieuse de ne pas contrarier les détenteurs du pouvoir temporel. Ainsi, l’homélie s’ajuste, le sermon s’amenuise, et le silence devient gage de bénédiction.

La société civile, jadis rempart critique, laisse percer, dans certaines de ses franges, les signes d’une résignation calculée. Les élans de mobilisation cèdent la place à des colloques sans incidence, et les voix les plus audibles se métamorphosent en partenaires discrets d’un pouvoir qu’elles prétendaient interroger. L’intelligence civique se dilue dans la recherche de financements et d’invitations officielles.

Quant aux syndicats, censés incarner la résistance ouvrière et la défense intransigeante des droits socio-économiques, ils semblent, pour certains, préférer les conciliabules feutrés aux mobilisations d’envergure. L’indignation s’échange contre des avantages conjoncturels, et le silence des responsables syndicaux devient complice d’un appauvrissement généralisé du discours social. La défense des travailleurs se négocie, hélas, au prix de la reddition morale.

Plus tragique encore, la jeunesse intellectuelle, notamment les diplômés sans emploi, se retrouve piégée entre désespoir et illusion. Nombre d’entre eux, au lieu de cristalliser les revendications légitimes, se laissent séduire par des distributions ponctuelles, troquant leur avenir pour cent mille francs guinéens et un slogan de circonstance. Ainsi, ceux-là mêmes qui devraient exiger des comptes deviennent les figurants d’une mise en scène politicienne. Leur applaudissement n’est pas foi mais résignation.

Dans la sphère politique, de nombreux acteurs, anciens pourfendeurs de l’illégalité, se murent dans un mutisme calculé. Le discours politique, vidé de toute substance doctrinale, épouse les contours du narratif dominant. La dissidence devient rare, presque honteuse, et la soumission devient l’ultime stratégie de survie dans un espace public verrouillé.

L’ensemble de ces postures procède d’une même logique : celle de la dissimulation érigée en tactique nationale. Les engagements sont dictés non par la conviction, mais par la conservation. Le réalisme politique devient un paravent commode à la capitulation des principes. Pourtant, nul arrangement ne saurait suspendre indéfiniment le jugement de l’Histoire.

Ce régime de transition, né sous les auspices d’une volonté déclarée de refondation, s’est progressivement érigé en système d’exceptions permanentes, où le droit constitutionnel est instrumentalisé ou purement ignoré. L’article 77 de la dernière Constitution démocratiquement adoptée l’affirme pourtant sans ambages : « Nul n’est au-dessus de la loi. » Or, cette maxime est devenue, dans la pratique, lettre morte.

Mais l’aspect le plus pathétique, et partant le plus ironique, de cette mascarade, réside dans le fait que la majorité de ces soutiens ostentatoires du régime ne nourrissent, au fond d’eux-mêmes, aucune adhésion véritable. Leur enthousiasme est feint, leur loyauté, de circonstance. Leur ferveur se consume au rythme des dividendes matériels. Ils servent non une cause, mais une rente. La duplicité règne en maître.

Comme le Christ l’avait magistralement dénoncé dans l’Évangile selon Matthieu (23:27) :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors, ils paraissent beaux, mais au dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impureté. »

La stratégie du caméléon peut retarder l’éveil collectif, mais elle ne saurait abolir les échéances de la vérité. Les régimes passent, les slogans s’effacent, mais les trahisons demeurent gravées dans la conscience nationale. Comme l’écrivait Tacite, historien des servitudes déguisées : « Plus dure sera la chute de ceux qui auront tout sacrifié, sauf leur confort. »

Konaté Lanciné de la jeunesse du RPG Arc-en-Ciel..

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