Le profane énigmatique interpelle son frère porte-voix de la diaspora : Sorel Kéita
Mon cher Sorel,
Je t’écris comme on parle à un frère. Pas pour t’accabler, mais pour te rappeler. Je me souviens encore de toi au CTG, quand tu t’érigeais en porte-voix de la diaspora. Tes paroles claquaient comme des fouets : la diaspora devait être entendue, respectée, représentée. Tu avais fait de ce combat ta signature.
Et puis te voilà aujourd’hui au CNT. Devant toi, un texte constitutionnel, et que dit-il pour la diaspora ?
Article 29 : « Les Guinéens de l’étranger sont représentés au Parlement. »
Voilà tout. Une phrase creuse, un slogan constitutionnel, une chaise dessinée à la craie.
Je t’entends déjà me répondre : « La Constitution fixe les généralités, les lois organiques préciseront les modalités. »
Mais non, Sorel. Les généralités ne sont pas des cache-misère. Quand elles deviennent du vide, elles trahissent.
Dis-moi, qu’as-tu offert à la diaspora de France, qui se bat depuis vingt ans devant l’ambassade de Conakry à Paris, souvent sous les lacrymogènes ?
Qu’as-tu donné à la diaspora des États-Unis, qui organise des collectes, finance des campagnes, écrit aux sénateurs américains pour dénoncer nos dictateurs ?
Quelle garantie as-tu inscrite pour l’Allemagne, la Belgique, le Canada, où les militants de l’exil tiennent debout la mémoire de nos luttes ?
Rien, Sorel. Rien qu’une phrase vague, et ton silence qui l’accompagne.
Toi qui brandissais la diaspora comme un drapeau au CTG, tu l’as laissée flotter sans mât au CNT. Toi qui exigeais des sièges, tu as accepté une promesse sans nombre. Toi qui jurais de ne pas reculer, tu t’es tu quand il fallait avancer.
Moi, profane, j’appelle ça une trahison douce : on ne frappe pas la diaspora, on l’endort avec des mots creux. On ne la nie pas, on la dissout dans une formule vide.
Sorel, est-ce donc cela ton héritage ? Être devenu « conseiller muet » d’un CNT qui distribue des illusions à ceux que tu avais juré de défendre ?
Je ne t’accuse pas, je te rappelle. Je rappelle au combattant du CTG ce qu’il doit à ses frères et sœurs de l’étranger. Car la diaspora n’a pas besoin de promesses floues : elle mérite des chiffres, des sièges, une représentation claire et incontestable.
Ton silence d’aujourd’hui, mon frère, fait plus de bruit que tous tes discours d’hier.
Avec toute mon amitié corrosive,
Alpha Issagha Diallo
Profane de l’exil, qui sait qu’une chaise sans pieds ne sert qu’à s’écrouler, et qu’un article sans chiffres est une promesse sans avenir
