Les chauffeurs maliens de camions-citernes sont en colère
Les visages des chauffeurs arrêtés ont été montrés à la télévision nationale, ainsi que ceux de gérants de stations-services, eux aussi interpellés. Ils ont tous été présentés par les autorités militaires, à la tête du Mali, comme des trafiquants qui contribueraient à aggraver la pénurie d’hydrocarbures dans le pays. Mais pour les chauffeurs, cette accusation est infondée.
Les chauffeurs de camions-citernes avaient, fin octobre, à travers le Synacor, leur syndicat, déjà porté plainte pour diffamation contre Aboubacar Sidick Fomba, membre du Conseil national de transition, l’organe législatif non élu de la transition militaire, avant d’accepter de retirer leur plainte. Aboubacar Sidick Fomba les avait déjà accusés de « vol de carburant « .
Mais depuis l’interpellation, le 2 novembre dernier, de plusieurs chauffeurs soupçonnés d’avoir détourné des camions pour ensuite les revendre sur le marché noir, la colère a monté d’un cran.
Ce chauffeur, préférant rester anonyme, dénonce des accusations qu’il juge calomnieuses :
« C’est nous qui transportons le carburant, certains d’entre nous perdent la vie sur la route. Et on ne doit même pas acheter quelques litres d’essence pour nous-mêmes ? », interroge ce conducteur.
« Le chauffeur n’a ni bagages, ni véhicules. Le rôle du chauffeur se limite à conduire le véhicule. Il est à la merci du propriétaire qui peut lui demander d’aller dans telle ou telle direction, parce que c’est lui qui le paye. Mais lorsque les choses se compliquent, ce sont les chauffeurs qui sont les premiers responsables. »

De nombreux risques pour les chauffeurs
Pour cet autre chauffeur, le risque sur les routes reste très élevé, même lorsque l’armée escorte les convois de camions. Pour lui, les populations, ainsi que les autorités maliennes, doivent reconnaître ce sacrifice : « Les djihadistes nous attaquent à tout moment et même dans un convoi sécurisé. Même lorsque nous avons une panne de nos camions, pendant le trajet, ceux-ci n’hésitent pas à nous prendre pour cible. Mais nos militaires ne sont jamais loin pour porter secours. »
Nous avons tenté de joindre le Groupement des professionnels du pétrole du Mali, pour une réaction, mais sans succès.
Ce dernier avait déclaré que « le carburant que nous recevons en ce moment, c’est du sang humain« .
Jeudi (06.11.25), le premier ministre de transition, le général Abdoulaye Maiga, a rencontré les chauffeurs de camions-citernes. Ceux-ci ont présenté leurs doléances au chef du gouvernement qui leur a promis de s’engager pour améliorer leurs conditions.
