Contre La sansure

Les pleurs de la transition guinéenne.

0

Chronique solennelle d’un spectateur engagé

 

Mesdames, Messieurs, Illustres concitoyens,

Il est des interludes politiques où l’histoire, lasse de sa propre cadence, semble marquer une pause. Non point pour mieux contempler son œuvre, mais comme accablée par le désordre de ses enfants. Depuis le jour redouté ce 5 septembre de l’an deux mille vingt et un  la République guinéenne, noble héritière d’idéaux brisés et de combats têtus, s’est vue happée par une transition que d’aucuns espéraient salvatrice. Mais hélas ! De ce printemps annoncé ne sont venues que rafales d’incertitudes, pluies d’injustices, et vents contraires à la vertu civique.

La transition, disait-on, serait vertu. Elle serait remède, épure, catharsis. On nous promettait une cure d’État, une renaissance morale, un pacte refondateur qui lierait à nouveau le Prince et la Plèbe dans le respect mutuel des lois et des libertés. Mais ce rêve, tout auréolé qu’il fût de nobles desseins, s’est vite étiolé dans la poussière des reniements et des vertus escamotées.

Le 5 septembre 2021, Lieutenant colonel Mamadi Doumbouya a mis fin au régime du président Alpha Condé.

Car que voyons-nous, en ce funeste interrègne, où les serments s’évanouissent et où la parole publique se recroqueville dans l’autosatisfaction ? Les maîtres d’école, ces hérauts silencieux de la République, suspendus avec précipitation, jetés dans le gouffre administratif pour des raisons plus souvent triviales que juridiques. Les jeunes âmes, en quête de sens, errent comme les enfants d’Ulysse sans Ithaque, orphelins de vision et de destin. Le pain devient luxe, l’espoir une denrée rare, la justice une ombre distante.

Et tout cela, dans une indifférence qui confine à l’inconvenance, comme si le peuple n’était plus qu’un décor de théâtre, bon à applaudir mais prié de se taire.

Pourtant, ce même peuple, naguère engagé, patient, parfois résigné, mais toujours digne, n’a point déserté les sentiers de la mémoire. Il n’ignore point que certains, avant que ne sonne l’heure des casernes, avaient tenté de poser les fondations d’une République debout. Il se souvient sans ostentation que des jalons furent posés, que des ponts furent construits, que l’État avait commencé à respirer, non sans peine, certes, mais avec sincérité.

Et c’est bien là, le plus grand drame de cette transition : elle n’a point succédé au vide, mais à l’effort. Elle n’a point relevé une terre ravagée, mais une architecture en chantier. Plutôt que d’achever l’édifice, elle le démonte pierre par pierre, dans une ardeur destructrice travestie en réforme.

Victor Hugo, ce prince de la parole, nous en avertissait :
« La forme républicaine est un berceau, non un cercueil. Elle doit porter l’avenir, non ensevelir le passé. »
Or, que fait cette transition, sinon ensevelir ce qui fut amorcé, dans le silence des gouvernés et l’amnésie des gouvernants ?

Et le peuple, que fait-il, me direz-vous ? Il pleure. Non de larmes bruyantes, mais de cette tristesse feutrée qui précède les colères. Il pleure l’honneur bafoué, la parole dévoyée, les fils sans emploi, les pères sans solde, les veuves sans recours. Il pleure cette promesse de justice qui s’est changée en chimère, cette promesse de transparence qui s’est embuée dans les couloirs opaques d’un État devenu sourd à ses enfants.

Mais qu’on ne s’y trompe point : ces pleurs ne sont pas capitulation. Ce sont les prémices d’un réveil. Car la République, si elle chancelle, ne meurt jamais. Elle sommeille, elle médite, elle attend le souffle juste, l’élan noble, la main ferme et droite.

Le sage Montesquieu nous le dit avec la solennité des âges :
« Un pouvoir sans contrepoids est une force aveugle qui finit toujours par consumer ceux qui l’exercent. »
Et cette transition, si elle ne se corrige, court à cette fin tragique où l’Histoire ne retient que l’infamie des déviations.

Ainsi, cette chronique n’est ni pamphlet ni diatribe. Elle est offrande d’intelligence. Elle est miroir tendu aux âmes encore lucides. Elle est plainte, mais elle est aussi prière : que le génie guinéen, ce feu sacré que nulle tempête n’a pu éteindre, ressurgisse dans la droiture, le droit, et l’honneur.

Citoyens de la cité, prenez garde. Il est des transitions qui relèvent les peuples. Il en est d’autres qui les trahissent.

Qu’on choisisse, avec grandeur, dans quelle mémoire l’on souhaite entrer.

Konaté Lanciné

Jeunesse du RPG Arc-en-Ciel..

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?