L’IMMOLATION POLITIQUE DE LA JEUNESSE CENTRAFRICAINE
« Investir dans la jeunesse, ce n’est pas seulement transmettre un héritage ; c’est lui donner les moyens de se transformer. Les jeunes ne se contentent pas de reproduire le monde tel qu’ils le perçoivent ; ils le réinventent de façon moderne.
Investir dans la jeunesse, c’est donc croire que l’avenir peut apporter progrès, justice et espoir. », a déclaré l’écrivain centrafricain Achille Sylvestre NDONAYE lors du lancement de son ouvrage sur l’éducation en République centrafricaine. Fort de cette réflexion, il a exhorté les dirigeants centrafricains à repenser leurs politiques de soutien, de reconnaissance et d’accompagnement des jeunes Centrafricains dans leurs innovations technologiques, leur créativité artistique et leurs travaux scientifiques.
Il est essentiel de se souvenir d’une chose : la jeunesse est un pilier, un fondement de la société, un avenir pour le progrès scientifique et le développement durable. Ainsi, de l’Europe à l’Asie, de l’Amérique à l’Océanie, cette affirmation a été longtemps comprise par les Occidentaux, qui ont fait de leur jeunesse leur cri de ralliement, leur moteur, leur leitmotiv et qui, avec brio, façonnent aujourd’hui le monde.
De ce fait, grâce au financement de projets, au soutien à la créativité artistique, à la découverte scientifique, à l’innovation technologique et au développement socio-économique, l’Occident est devenu un havre de paix, une source de vie attirant la quasi-totalité de la jeunesse africaine en quête de travail, de confort, de sécurité, de paix, de liberté, d’égalité et d’études universitaires dans des conditions convenables. Cette politique, qui place la jeunesse au cœur des priorités nationales occidentales et en fait le symbole de leur réussite, a été rapidement imitée au fil du temps par d’autres dirigeants africains brillants, panafricanistes et nationalistes, dans certains pays anglophones et francophones.
Grâce à la mise en œuvre de cette politique de soutien et d’accompagnement de la jeunesse, ces pays africains anglophones et francophones, figurent aujourd’hui parmi les pays les plus avancés d’Afrique. Cependant, tandis que certains de ces pays s’efforcent de soutenir, de financer et d’orienter leur jeunesse dans leurs diverses initiatives créatrices et innovantes, d’autres, comme la République centrafricaine, continuent de marginaliser et d’opprimer leur jeunesse, la privant de soutien, de financement et d’encadrement.
Face à cette situation, une question s’impose : dans quel sens, la jeunesse centrafricaine peut-elle espérer se développer et créer des opportunités lorsque ses projets restent sans financement et qu’elle est ignorée par les structures étatiques censées la soutenir ? Autrement dit, comment ces jeunes talents, inventeurs centrafricains, confrontés à la marginalisation et au manque de soutien et de financement pour leurs initiatives, peuvent-ils surmonter ces difficultés et contribuer au développement sans être manipulés par les acteurs politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition ?
En effet, la jeunesse centrafricaine est omniprésente dans tous les débats publics gouvernementaux et dans les discours du président de la République. Toutefois, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions en sa faveur, elle est quasiment mise de côté et tombe vite dans les oubliettes. Pour illustrer ce fait, nous voyons que pendant des décennies, la jeunesse centrafricaine a été célébrée jour et nuit comme un pilier de tous les régimes, mobilisée partout pour des campagnes politiques, présentée comme une force de soutien et une preuve de légitimité populaire. Or, elle est confrontée depuis longtemps à une dure réalité : elle est privée de financement, de soutien et d’encadrement pour ses nombreux projets innovants.
Encore plus choquant, dans les rues, les jeunes sont régulièrement appelés à manifester, à exprimer leur soutien au régime en place et à le défendre, à chanter les louanges de ses dirigeants, à brandir des pancartes appelant à soutenir le président, et parfois même à envahir le complexe sportif Barthélemy Boganda et les places publiques… Tout cela pour la gloire des dirigeants qui, une fois les micros coupés et les banderoles rangées, oublient tout et abandonnent ces jeunes à l’oubli. Quant à eux, ils seront confrontés au chômage, à la précarité, au manque de perspectives et au silence du gouvernement. Le paradoxe est que le gouvernement centrafricain trouve toujours les moyens logistiques pour organiser ces manifestations de soutien, mais peine à allouer des budgets conséquents à la culture, à l’innovation technologique, à la formation artistique ou au financement de projets à fort impact qui pourraient propulser la République centrafricaine à l’avant-garde du développement.
Malgré ce manque de soutien, il faut noter que la créativité de la jeunesse centrafricaine survit grâce à l’ingéniosité, la passion et parfois au sacrifice. Musiciens, cinéastes, artistes visuels, écrivains et créateurs de contenu numérique évoluent dans un vide institutionnel, sans financement, sans soutien, sans véritable reconnaissance. Il est temps de rompre avec cette hypocrisie politique. Soutenir la jeunesse ne signifie pas simplement la mettre en avant, mais investir en elle. Toute chose qui exige un financement transparent, des politiques culturelles ambitieuses, des espaces de liberté d’expression et un véritable soutien aux initiatives de jeunesse. Sans cela, le discours sur la jeunesse restera une promesse vide de sens.

Il est temps de comprendre que la jeunesse centrafricaine n’est pas un simple artifice politique. Elle est une force vive de la nation, un espoir d’avenir de la nation. La réduire à un simple instrument de soutien politique tout en étouffant sa créativité, c’est se préparer aux frustrations de demain. Car un pays qui sacrifie sa jeunesse, sacrifie inévitablement son avenir. In fine, qu’attendent réellement les dirigeants centrafricains de la jeunesse centrafricaine pour l’avenir de la nation ? La perçoivent-ils comme une voix à applaudir lors des débats, cautionnant parallèlement la médiocrité ? Comme des esprits capables d’élaborer des projets constructifs fondés sur l’excellence ? Comme des corps destinés à remplir les stades ? Ou comme des cerveaux capables d’imaginer et de bâtir l’avenir ?
Toutes ces questions invitent la jeunesse centrafricaine, qu’elle soit résidente ou de la diaspora, à réfléchir à son avenir et, en fin de compte, à voter pour un dirigeant digne, responsable et patriote, qui privilégiera les besoins du peuple à la satisfaction de ses désirs personnels ou familiaux.
