Contre La sansure

Maison centrale de Conakry : extraction forcée de Toumba Diakité par des éléments des forces spéciales à quelques mois de sa libération

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La Maison centrale de Conakry a de nouveau été le théâtre d’une opération spectaculaire. Ce mardi 10 février, des éléments des forces spéciales ont fait irruption dans l’établissement pénitentiaire pour extraire de force le commandant Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité, figure centrale du procès du 28 septembre 2009 et détenu depuis plusieurs années. Une intervention qui survient deux jours seulement après une première tentative avortée, le dimanche 8 février.

Une opération menée dans la confusion

Selon les informations recueillies par KoumaMedia, l’opération de ce mardi visait explicitement l’extraction de Toumba Diakité vers une destination inconnue. Les agents des forces spéciales auraient pénétré dans l’enceinte de la prison sans communication préalable avec l’administration pénitentiaire, créant un climat de panique parmi les détenus et le personnel.

Aucune source officielle n’a, pour l’heure, confirmé les motivations de cette intervention ni les circonstances exactes de l’extraction. Le silence des autorités judiciaires et sécuritaires alimente les interrogations.

Toumba, un détenu devenu figure publique

Ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité purge une peine de prison ferme prononcée dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre 2009. Son incarcération touche d’ailleurs à sa fin, selon plusieurs sources proches du dossier.

Durant le procès, son attitude franche, son sens du détail et sa volonté affichée de « dire la vérité » avaient marqué l’opinion. Il s’était imposé comme l’un des témoins les plus déterminants, n’hésitant pas à contredire les versions officielles et à exposer les responsabilités présumées au sein de la junte de l’époque.

Cette posture lui a valu une certaine popularité, tant dans l’opinion publique que dans l’univers carcéral, où de nombreux détenus témoignent de sa générosité et de son soutien envers les plus démunis.

Une série d’extractions extrajudiciaires inquiétantes

L’affaire Toumba s’inscrit dans un phénomène plus large et préoccupant : les extractions répétées de détenus de la Maison centrale sans communication officielle.

Ces derniers mois, plusieurs militaires accusés de tentative de coup d’État ont été sortis de la prison pour une destination inconnue. Le lieutenant Morciré et ses coaccusés ont même été jugés par le tribunal militaire alors qu’ils n’étaient plus physiquement présents. Depuis leur extraction, aucune information fiable n’a filtré sur leur sort.

Le lieutenant Mara a lui aussi été extrait dans des conditions similaires, sans qu’aucune autorité ne fournisse d’explication.

Cette accumulation d’opérations non documentées fait craindre l’installation d’un système parallèle, échappant totalement au contrôle judiciaire.

Un silence judiciaire qui interroge

Le mutisme du ministère de la Justice surprend d’autant plus que son actuel titulaire, Ibrahima Sory 2 Tounkara, est le magistrat qui avait prononcé une lourde condamnation contre Toumba Diakité lors du procès du 28 septembre.

Dans un contexte où les extractions extrajudiciaires se multiplient, l’absence de communication officielle apparaît comme un manquement grave. L’extraction de Toumba Diakité, à quelques mois de la fin théorique de sa peine, soulève de nombreuses questions : Pourquoi intervenir maintenant ?  Qui a ordonné l’opération ? Où se trouve l’ancien aide de camp de Dadis Camara ? Et surtout, quel message envoie cette action dans un pays où la justice peine à s’imposer face aux appareils sécuritaires ?

Source: https://koumamedia.com/

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