Mali : un expert dénonce la détérioration des droits humains
Dans son rapport, l’expert indépendant de l’Onu pointe du doigt un rétrécissement de l’espace civique. Bamako dénonce des spéculations et des allégations.
Par Reliou Koubakin
La condamnation, lundi (23.03.26), à deux ans de prison ferme du journaliste malien Youssouf Sissoko, rappelle, une fois de plus, que les autorités militaires ne tolèrent pas la critique. Même quand elle touche des partenaires du Mali. Le directeur de la publication du journal malien L’Alternance avait en effet fait publier une tribune qui critiquait le pouvoir nigérien.
Le rapport de l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali couvre la période du 4 avril au 30 novembre 2025. Eduardo Gonzalez déplore qu’il soit devenu difficile de s’exprimer librement sans être inquiété. Selon lui, « la répression des voix critiques et dissidentes a également pris la forme de disparitions forcées ou involontaires attribuées à l’Agence nationale de la sécurité d’Etat ou à la gendarmerie ».
Un observateur malien contacté par la DW estime que ce rapport de l’expert indépendant n’est pas une surprise. Il a préféré garder l’anonymat.
Celui-ci constate que « le Mali s’enfonce dans une spirale de régression démocratique, de violations massives des droits humains et d’impunité structurelle, sous le couvert d’une rhétorique souverainiste devenue l’alibi d’un autoritarisme sans frein ».
« Ce n’est plus une transition, c’est une confiscation méthodique du pouvoir. La situation sécuritaire, justification proclamée du maintien au pouvoir, n’a cessé de se dégrader. »
Extension de la violence
Toujours d’après l’expert indépendant, la situation sécuritaire est extrêmement préoccupante, avec une extension de la violence vers le sud et le sud-ouest du Mali. Encore une fois, ce sont les civils qui en paient le prix fort, victimes des crimes des forces armées maliennes et de leurs alliés russes, ainsi que des groupes djihadistes. Les femmes ne sont pas épargnées. Entre avril et juin 2025, par exemple, 905 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés. Au total, près de 14 000 violations des droits de l’Homme et atteintes à ces droits ont été enregistrées.
Eduardo Gonzalez déplore, par ailleurs, la dissolution des partis politiques intervenue en mai, suivie de l’attribution, au général Assimi Goïta, d’un mandat de cinq ans à la tête de l’Etat, renouvelable autant de fois que les militaires au pouvoir le jugeront utile, officiellement jusqu’à la pacification du pays.
Kadidia Fofana, militante des droits humains en exil, estime que les voix critiques ne sont plus à l’abri. Elle déplore une « dérive systémique », une restriction des libertés fondamentales assumée par le pouvoir.
« On assiste à un climat de peur, à des exils forcés. Le pouvoir semble chercher à neutraliser toute contestation susceptible de fragiliser sa position. Le risque est grand de voir la crise politique et sociale s’aggraver avec des conséquences durables pour la stabilité du Mali », fait remarquer sur la DW la militante Kadidia Fofana.
Le bien-être des populations
Critiquant le rapport, le gouvernement malien déplore des “spéculations et des allégations d’atteinte aux droits de l’Homme”. Bamako parle de situations qui contrastent avec la réalité du terrain.
Fousseynou Ouattara, vice-président de la commission Défense et Sécurité au Parlement de transition pense que « ce qui intéresse la population aujourd’hui, c’est son bien-être : souveraineté alimentaire et autres ».
« La population s’exprime librement, pas à travers les partis politiques. La société civile est là, elle n’est pas dissoute. Le Mali, aujourd’hui, en termes de démocratie et de respect des droits de l’Homme, n’a de leçons à recevoir d’aucun pays européen, ou des Etats-Unis. »
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