Contre La sansure

Mamadi Doumbouya : du serment constitutionnel au mensonge d’État

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Il y a des discours qui cherchent à convaincre. Il y en a d’autres qui tentent de réécrire l’histoire. Celui prononcé par Mamadi Doumbouya à l’issue de la prétendue prestation de serment le 17 janvier 2025, appartient à cette seconde catégorie.

« Le peuple de Guinée vient de me confier une immense responsabilité », déclare-t-il. Mais une question fondamentale s’impose : à quel moment le peuple lui a-t-il confié quoi que ce soit ? Car nul ne peut recevoir un mandat populaire en violation d’un serment solennel librement prêté devant la Nation et devant l’Histoire.

Le 5 septembre 2021, puis à plusieurs reprises, discours d’investiture, allocutions officielles, interviews internationales, Mamadi Doumbouya s’est formellement engagé à ne pas être candidat. Il a juré d’organiser une transition civile, inclusive, crédible, libre et transparente, avant de rendre le pouvoir. En se portant candidat, puis en s’autoproclamant élu, il ne reçoit pas une responsabilité : il confisque un pouvoir.

« Ce mandat n’est pas un honneur personnel, il est un engagement envers les Guinéennes et les Guinéens ». De quel engagement parle-t-on, lorsque tous les engagements antérieurs ont été méthodiquement piétinés ?

L’engagement premier d’un homme d’État est la fidélité à sa parole. Or, entre 2021 et 2025, la promesse est devenue variable, le serment révisable, la loi contournable.

Ce qui était attendu des Guinéens après quatre années de transition, ce n’était pas un nouveau discours : c’était le respect de la parole donnée, le retour à l’ordre constitutionnel civil, la fin de la confiscation du pouvoir par la force, l’arrêt des enlèvements, des disparitions forcées, et la libération des détenus politiques. Aucune de ces attentes n’a été satisfaite.

« La Guinée est une et indivisible. Notre diversité est notre richesse. Ma main est tendue à toutes les filles et tous les fils de Guinée. » Ces mots sonnent creux lorsqu’ils sont prononcés dans un pays gouverné par la peur.

Peut-on invoquer l’unité nationale pendant que des pères et mères de famille croupissent illégalement en prison ? Peut-on parler de paix pendant que la justice est transformée en instrument de répression politique ? Peut-on prêcher la réconciliation tout en pratiquant l’exclusion, la stigmatisation, les règlements de comptes et l’ethnicisation du pouvoir ?

« On ne bâtit pas une nation dans la division.» Mais on ne la bâtit pas non plus dans l’enlèvement des citoyens, ni dans leur disparition forcée.

« Ce mandat est pour les femmes, pour la jeunesse, pour l’avenir ». Pendant que ces mots sont prononcés, des femmes sont kidnappées pour leurs opinions politiques.

D’autres sont arrêtées arbitrairement, violentées, parfois empoisonnées, sans procédure ni jugement. Des mères deviennent veuves par l’assassinat injustifié de leurs époux. Des enfants deviennent orphelins par l’élimination physique de leurs parents. Des familles entières vivent dans l’angoisse, sans nouvelles de leurs proches disparus depuis des mois, parfois plus d’un an.

Parler d’avenir pendant que l’on détruit le présent relève non de l’aveuglement, mais du cynisme.

« Nous investissons dans l’éducation pour garantir la dignité de demain. » La dignité n’est pas une promesse différée. La dignité est immédiate ou elle n’existe pas. Elle commence par le respect de la parole donnée. Elle se manifeste par l’exemplarité. Elle se prouve par le respect de la vie humaine, des libertés fondamentales et de l’État de droit.

Un pouvoir qui humilie, qui enlève, qui réprime, ne prépare pas la dignité de demain : il la détruit aujourd’hui.

« Les richesses profiteront à tous les Guinéens. Simandou est un projet pour toute la Guinée. » Dans les faits, les populations sont délogées de force, les maisons sont distribuées comme des faveurs privées, les contrats de sous-traitance sont accaparés par un cercle fermé de cadres et de proches, les postes les mieux rémunérés sont réservés, tandis que le citoyen ordinaire hérite d’emplois précaires et sous-payés.

Les richesses ne profitent pas à tous lorsque l’enrichissement devient solidaire, opaque et ostentatoire, lorsque des comptes sont ouverts à l’étranger, et que des patrimoines surgissent dans une démesure incompatible avec la fonction de simple dépositaire de la chose publique.

« Je gouvernerai avec intégrité, justice et responsabilité. » L’intégrité ne se proclame pas : elle se démontre. La justice n’est pas celle qui obéit aux injonctions politiques. La responsabilité impose la retenue, la lucidité et le respect strict des lois. Un État n’est fort que lorsqu’il est juste. Une autorité n’est légitime que lorsqu’elle est exemplaire.

« Restons unis, restons debout. » Mais dans la Guinée d’aujourd’hui, ceux qui sont restés debout ont été brisés. Des journalistes, des artistes, des citoyens ordinaires, des militaires, des parents, des enfants. Foniké, Billo, Habib, Djeliman, le père du journaliste Babila Keita, tous enlevés et portés disparus. Les enfants mineurs de l’artiste Élie Kamano privés de liberté et d’école. Des dizaines d’autres victimes anonymes.

Que reste-t-il debout dans ce pays, si ce ne sont les armes et ceux qui les détiennent ?

Ce discours n’est pas un programme. Il est un miroir. Et dans ce miroir, la contradiction saute aux yeux. L’Histoire ne jugera pas les intentions proclamées, mais les serments trahis, les engagements violés, les vies brisées.

Un pouvoir né de la parole donnée et reniée ne peut fonder ni la paix, ni la dignité, ni l’avenir.

Anonymous 1er, citoyen indigné à Kaloum.

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