Contre La sansure

MANDAT D’ARRET. SILENCE. PROMOTION : CE QUE L’ETAT CACHE DANS L’AFFAIRE DOUSSOU

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L’affaire Mohamed Doussou Traoré, ancien directeur du patrimoine bâti, au-delà des individus qu’elle impliquent, interroge la nature même du pouvoir.

En l’espace de quelques mois, ce haut fonctionnaire accusé de détournement massif de fonds publics, visé par un mandat d’arrêt international, ayant quitté le territoire national, réapparaît dans l’appareil d’État, promu à un poste stratégique. Sans procès, sans explication publique et sans clarification judiciaire. Ce seul enchaînement suffirait à susciter l’interrogation. Mais ici, il impose une réflexion plus profonde.

Les faits officiels sont connus. Nommé en 2022 à un poste clé de gestion du patrimoine public, il est limogé en 2025 pour des accusations graves, incluant des détournements estimés à plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens. Ouverture de poursuites, accompagnées d’un mandat d’arrêt international, puis, en 2026, retour dans l’administration, consacré par une nouvelle nomination.

Entre ces deux moments, la chute et la réhabilitation, un silence total. Or, dans un État de droit, ce silence n’est pas neutre, il est en lui-même un fait politique. Ce que l’on ne dit pas est parfois plus important que ce qui est dit. Qu’est-ce qui s’est réellement passé entre 2025 et 2026 ?

Aucune communication officielle ne vient éclairer ce basculement, aucun élément judiciaire n’a été rendu public et aucun débat institutionnel n’a été ouvert. Dans cet espace laissé vide, les hypothèses émergent.

Certaines analyses évoquent le rôle que l’intéressé aurait pu jouer dans des opérations administratives sensibles, notamment dans des dossiers liés à des décisions foncières et à des actions de l’État ayant concerné des figures politiques majeures.

D’autres estiment qu’en raison de sa proximité passée avec les plus hauts niveaux du pouvoir, il aurait pu détenir des informations délicates sur le fonctionnement interne de l’appareil d’État et sur la gestion de certains dossiers stratégiques.

Ces éléments, s’ils étaient avérés, ne relèveraient pas du simple fait divers administratif. Ils poseraient une question autrement plus grave : celle de l’équilibre réel entre institutions et pouvoirs informels.

Ce retour en grâce, est-ce une décision administrative ou une nécessité politique ? Comment expliquer, dès lors, un retour aussi rapide, aussi discret, et aussi stratégique ? S’agit-il d’une réévaluation du dossier initial ? D’une absence d’éléments probants ? Ou de considérations dépassant le cadre strictement judiciaire ?

Dans les systèmes fragiles, l’histoire montre que certaines trajectoires individuelles ne se comprennent pas uniquement à travers les textes officiels, mais à travers les rapports de force invisibles, les équilibres internes, et parfois les silences négociés. La question n’est donc pas de savoir si une hypothèse est vraie ou non. La véritable question est la : « Pourquoi, dans une affaire d’une telle gravité, aucune vérité officielle n’a été produite pour clore le débat ? »

L’affaire Doussou n’est pas seulement celle d’un homme. Elle est celle de la crédibilité de la justice, de la cohérence de l’action publique et de la transparence des décisions de l’État. Lorsqu’un individu passe du statut de suspect recherché à celui de haut cadre de l’administration sans explication, ce n’est pas seulement son cas personnel qui est en jeu. C’est la lisibilité même de l’État qui vacille.

Dans toute démocratie, ce qui protège les institutions, ce ne sont pas seulement les lois. Ce sont aussi les explications, les procédures et les vérités assumées. À défaut, un autre système s’installe, plus dangereux et plus opaque. Celui où les décisions ne s’expliquent plus, mais se devinent, où les responsabilités ne se jugent plus, mais se négocient et où le silence devient un instrument de pouvoir.

Bref, l’affaire Doussou pose une question simple, mais essentielle : « Sommes-nous face à une erreur corrigée ou à une vérité que l’on préfère taire ? »

Tant que cette question restera sans réponse, elle continuera de produire ses effets les plus corrosifs : le doute, la suspicion, et, à terme, l’érosion de la confiance publique. Car dans certaines affaires, le scandale n’est pas seulement dans les faits. Il est dans le silence qui les entoure.

Alpha Issagha Diallo

Observateur des zones d’ombre et vérités différées

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