« Mes chers compatriotes, la junte ne partira du pouvoir que contrainte et forcée. »
Mes chers compatriotes,
C’est dans une atmosphère lugubre que se termine l’année 2024. Le pouvoir du CNRD nous a ramenés à des temps que nous croyions à jamais révolus : kidnappings, disparitions forcées de citoyens, assassinats, confiscation des libertés fondamentales, bâillonnement de la presse, autrement dit une politique de la terreur, caractéristique des régimes totalitaires. Ce pouvoir devenu dictatorial est à l’origine de la disparition forcée de nos compatriotes Oumar Sylla alias « Foniké Mengué », Mamadou Billo Bah, Saadou Nimaga, Habib Marouane Camara, et de la mort suspecte, en détention, du Général Sadiba Coulibaly, du Colonel Pépé Célestin Bilivogui et du Dr Mohamed Dioubaté.
Ayant étouffé les voix contraires, supprimant violemment toute possibilité de contestation pacifique, les militaires au pouvoir écrasent et broient ceux qui appellent au respect de la Charte de la transition, à un retour diligent à l’ordre constitutionnel, ou tout simplement à une fourniture régulière d’eau et d’électricité. Toute autre opinion qui n’est pas conforme à la leur, toute personne qui n’est pas dans les rangs, est condamnée au silence, à la prison, à l’exil ou à la mort. Ce brutalisme politique, que nous croyions révolu, le voilà désormais devant nous, doublé de haine.
Mes chers compatriotes,
Mes pensées vont tout particulièrement aux vaillants combattants de la démocratie et des libertés, Foniké Mengué, Billo Bah, le célèbre journaliste Marouane Camara. A ce jour, on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus.
Vivent-ils encore ou sont-ils déjà morts, victimes des sévices de leurs impitoyables ravisseurs ? C’est la question qui tue à petit feu leurs épouses et leurs enfants, leurs parents et leurs amis ; c’est la question qui angoisse aujourd’hui les honnêtes citoyens qui ne savent plus s’ils seront kidnappés à leur tour en revenant du boulot, de la mosquée ou du marché.
J’ai une pensée pieuse pour les victimes innocentes du drame inqualifiable survenu à Nzérékoré, où des centaines d’enfants, de femmes et de jeunes ont péri dans des conditions atroces parce que la junte guinéenne a décidé d’utiliser le sport comme vecteur de propagande.
Je tiens également à honorer la mémoire des 63 de nos compatriotes abattus par balles parce que simplement ils ont voulu exercer un droit inscrit en bonne place dans la Charte de la Transition pour exiger la fourniture régulière de l’électricité et le respect par la junte de ses engagements.
Je pense aussi aux nombreux journalistes et à la centaine d’employés qui sont contraints au chômage suite à la fermeture arbitraire des radios et télévisions ESPACE FM, DJOMA et FIM FM.
J’exprime mon soutien et ma totale solidarité à Aliou Bah, Président du Model, dernière victime de la folie liberticide de la junte et exige sa libération immédiate et sans conditions.
Mes chers compatriotes,
Je tiens à dénoncer avec fermeté l’expulsion injustifiée de citoyens sierra-léonais, sous prétexte de lutter contre la criminalité. Les citoyens de la République sœur de Sierra Leone sont chez eux en Guinée, tout comme nos compatriotes doivent se sentir chez eux en Sierra Leone. Ce type de mesure discriminatoire et propagandiste ne vise qu’à créer des tensions inutiles pour détourner l’attention des Guinéens des vrais problèmes auquel le pays est confronté.
Je le dis clairement : la situation d’insécurité qui prévaut en Guinée aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les personnalités civiles et militaires, est le résultat direct des dérives autoritaires de la junte et non comme on voudrait nous le faire croire, le fait des filous de quartier ou des bandits de grand chemin.
Mes chers compatriotes,
Sur le plan économique, la situation de notre pays est tout aussi alarmante. Alors que les Guinéens peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, nous assistons à des acquisitions ou constructions d’immeubles de luxe à Conakry, dans certaines villes de l’intérieur et même à l’étranger. Ces investissements ostentatoires de nos dirigeants dans l’immobilier sont une illustration éloquente du degré de corruption et de détournement des ressources publiques en cours en Guinée.
La junte, au lieu de se concentrer sur ses prérogatives de transition, s’emploie à engager l’avenir de tout un pays dans des contrats opaques dont le seul but est l’accumulation de richesses par l’élite dirigeante. Ce comportement irresponsable hypothèque le futur de notre nation, aggrave la pauvreté et accroit les frustrations.
La junte militaire a érigé la corruption et le détournement de deniers publics en mode de gouvernance. Aucun scandale économique sous le CNRD n’a été élucidé ni puni. Et pourtant, les scandales se succèdent à un rythme infernal. Les derniers en date font état de 700 milliards de francs guinéens évaporés à la Direction Générale des douanes et 1000 milliards de francs guinéens à la Direction Générale des impôts. On parle aussi de 4 à 6 tonnes d’or disparues entre les caveaux de la banque centrale et Dubaï, dans l’opacité totale. Des cargaisons de drogue dure, notamment de cocaïne, sont régulièrement saisies de part et d’autre des frontières nationales, en provenance ou à destination de la Guinée.
Tout le monde sait que ces dernières années, les exportations minières ont explosé et ont généré beaucoup d’argent. Mais nul n’ignore que cet argent n’a nullement servi à améliorer le bienêtre des populations. Au contraire, il a été englouti dans les poches des dirigeants et des trafiquants d’armes et a servi à acheter la conscience de leaders d’opinion en contrepartie de leur soutien à la promotion de la candidature du Chef de la junte.
Mes chers compatriotes,
Cette situation critique exige de nous responsabilité et courage. Il n’a jamais été facile de combattre une dictature. La réponse au recours systématique à la violence et à la force exige de notre part une solidarité renforcée autour de l’idéal commun de reconquérir nos droits et libertés.
La dictature durera aussi longtemps que nous renoncerons à ce que nous sommes, à ce que nous voulons être : des hommes et des femmes qui aspirent à vivre libres dans une Guinée unie, prospère et démocratique. Oui, le prix à payer pourra être lourd car nous faisons face à ceux qui n’entendent et ne comprennent que le langage de la force.
Il est vrai que dans notre combat, nous avons perdu des proches, des biens et des carrières. Je comprends ceux qui pensent qu’il faut tout arrêter et attendre la prochaine transition. Je comprends mieux nos compatriotes qui appellent à un changement d’attitude et de stratégie pour continuer la lutte.
À toutes et à tous, je voudrais dire avec une forte conviction que nos morts ne seront pas morts pour rien, que notre lutte a encore tout son sens. C’est dans l’adversité que nous puisons notre force et que se renforcent nos convictions pour la liberté, la justice et l’égalité. N’acceptons pas que le CNRD nous fasse reculer. Opposons à l’intimidation et à la violence du CNRD notre détermination à affranchir la Guinée de la malédiction de la violence.
En ce qui me concerne, je sais que certains tentent d’utiliser mon exil pour semer le doute parmi vous, mais je tiens à vous rassurer, mon engagement pour la Guinée reste intact. De l’extérieur, je continue de mener le combat avec la conviction que la victoire sera nôtre. Je rentrerai en Guinée le moment venu, et ce n’est pas à ceux qui cherchent à affaiblir notre parti et notre combat de décider de mon agenda.
C’est l’occasion pour moi de rendre un hommage appuyé aux militants et responsables de l’UFDG qui sont tous restés fidèles au Parti malgré les campagnes d’intimidation et d’achat des consciences qui les visent particulièrement. Leur fidélité au Parti et leur travail acharné pour son rayonnement dans un contexte extrêmement difficile méritent notre reconnaissance. L’UFDG est aujourd’hui plus forte que jamais parce que le Parti est resté fidèle à ses valeurs et uni face à l’adversité ; et cette force a été de nouveau mise en évidence lors du renouvellement récent de ses Fédérations à l’intérieur et à l’étranger.
Mes chers compatriotes,
Mamadi Doumbouya ne se cache plus. Mamadi Doumbouya ne se retient plus. C’est le viol constant de la morale, c’est le mépris de la vie humaine, c’est la terreur au grand jour.
Cet officier que nous avions applaudi pour nous avoir promis une transition brève et respectueuse des droits humains et des libertés fondamentales ainsi qu’un retour rapide à l’ordre constitutionnel, est devenu l’homme du parjure et du renoncement.
Cet homme nous avait promis que la justice serait sa boussole. Il nous avait juré que personne, ni lui ni ses collaborateurs, ne se porterait candidat aux élections organisées pour le retour à l’ordre constitutionnel.
Aujourd’hui, il foule au pied la Charte de la Transition. Il trahit sa parole donnée, il renie son serment d’officier. Il ne respecte ni le chronogramme qu’il a imposé, ni l’Accord conclu avec la CEDEAO. Il est clair aujourd’hui pour l’ensemble des Guinéens qu’il n’a qu’une seule idée en tête : conserver et consolider, par la force et la ruse, le pouvoir qu’il a pris par les armes.
C’est ce qui explique les violations récurrentes de la Charte de la Transition notamment l’interdiction des manifestations dans les rues et sur les places publiques, le bâillonnement de la presse, l’assassinat impuni de plus de 60 manifestants, les disparitions forcées de citoyens et la mort suspecte en détention de plusieurs personnalités civiles et militaires.
Mes chers compatriotes,
Le contrat liant le CNRD au peuple de Guinée expire aujourd’hui, le 31 décembre 2024. Sa légitimité, déjà érodée, est désormais caduque. Je déclare ici, devant vous, avec la plus grande fermeté : nous ne reconnaîtrons plus aucune légitimité au CNRD après aujourd’hui, date qui marque la fin annoncée de la transition.
La junte militaire n’ayant respecté aucun de ses engagements pris devant le peuple de Guinée et la communauté internationale, il est plus que jamais vital que nous prenions collectivement nos responsabilités pour mettre un terme définitif à cette transition militaire qui n’aura apporté que malheur et désolation.
Mes chers compatriotes, civils et militaires,
La junte ne partira du pouvoir que contrainte et forcée. Cela, tous les démocrates doivent se le convaincre. Ce régime a passé trois ans à ruser et il croit pouvoir gagner en terrorisant le peuple et en corrompant les élites. Restons mobilisés pour le grand combat qui nous attend. Et nous demandons à tous les démocrates de ce pays, au-delà des Forces Vives de Guinée, de faire front pour l’intérêt supérieur de la Nation. La junte doit partir. Au-delà du 31 décembre 2024, son pouvoir serait une provocation, un défi au bon sens, un pied-de-nez adressé à notre peuple, à notre armée républicaine et à la CEDEAO.
Mobilisons-nous donc, civils et militaires, et battons-nous à partir du 6 janvier jusqu’à la victoire finale parce qu’il s’agit de l’avenir de notre pays.
Mes chers compatriotes de l’intérieur et de l’étranger,
Je voudrais maintenant vous adresser, à toutes et à tous, mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année. Je souhaite ardemment que cette nouvelle année soit porteuse d’espoir et de renouveau aussi bien pour vous personnellement que pour l’ensemble de la nation.
Que 2025 vous offre à tous les possibilités d’une vie meilleure : le bien-être matériel et la santé pour chacun d’entre vous, la paix dans vos cœurs, la paix dans vos demeures et pour notre pays tout entier, la concorde et le bon sens politique qu’exigent les terribles défis auxquels il est confronté.
Vive la Guinée ! Vive la démocratie !
Je vous remercie.
Cellou Dalein Diallo
Président de l’UFDG
