Contre La sansure

Mon cher Sorel Keïta, c’est aux forces militaires et paramilitaires de demander au peuple le pardon

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J’ai noté que tu as été le délégué du Conseil national des Assises (CNA) pour la préfecture de Tougué. Sincèrement, je te dirai que je ne crois plus en la sincérité des pilotes du CNRD du Colonel Doumbouya et de leurs équipages au Conseil national de la transition (CNT) et au CNA. Et même à cette Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

 

Tu nous rappelles que « le 22 Mars le chef de l État, conformément à sa promesse de refonder l État et de réconcilier les Guinéens, a lancé les Assises de la Réconciliation nationale dites Journées Vérité et Pardon. Sous l’égide du CNA (Comité National des Assises), organe chargé de conduire le processus d’organisation des Assises, une vaste consultation a lieu sur toute l étendue du territoire et à l’étranger pour permettre aux guinéens de se parler franchement et de se pardonner« .

Crois-tu vraiment à cette démarche ? Comme de nombreux autres compatriotes et amis de notre pays, je ne vois pas de raisons pour le faire. Le CNRD et vous tous qui gravitez autour êtes en train de saboter le processus réel pouvant favoriser une transition démocratique dans le pays. Les problèmes socioéconomiques du pays sont éminemment politiques. Il leur faut des solutions politiques avec les acteurs des forces vives de la nation. Pas ceux choisis par le CNRD et ses cadres du Ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD). Et eux, comme nous les analystes, avons été les premiers à soutenir les actions du CNRD.

Sorel Keïta (bonnet blanc), membre du CNT et du CNA, accueilli à Tougué pour conduire les travaux des Assises nationales, boudées par les forces vives qui, elles, demandent un dialogue avec le CNRD.

 

Tu nous dit qu’à « Tougué la mission est conduite par l’honorable Sorel Keita qui avait déjà participé à la tournée initiée par le CNT le mois dernier. La mission a été bien accueillie par les autorités et populations de Tougué honorés qu’une délégation vienne les voir de Conakry pour leur demander ce qu’elles ont subi et ce qu’il faut pour pardonner« .

Tu précises que « c’est une première« , en soulignant que « le programme chargé et l’engouement des populations augure de bonnes Assises. Et comme l’a dit un participant, il y a de fortes chances que les « révélations de Tougué soient le levain d une véritable réconciliation nationale en Guinée« . Ce peuple de Tougué vous a entendu, mais veut des solutions politiques, des élections sincères, libres et inclusives à travers tout le pays, comme celles de juin 2010, les premières et d’ailleurs les seules à se tenir dans le pays depuis son indépendance.

 

Mon cher Sorel Keïta,

 

À mon avis, à travers tout le pays, nous devrions assister à des journées pour donner l’occasion aux forces militaires et paramilitaires de demander au peuple de leur pardonner son comportement anti républicain, qui a fait d’elles une milice au service du pouvoir dictatorial et ethnocentriste en place. Sans cette armée, cette police, nous n’aurions pas connu ces dictatures et leurs milliers d’exécutions et disparus ; nous n’aurions pas connu les dizaines de milliers de fuites cerveaux, qui sont allés offrir leurs services ailleurs ; nous n’aurions pas connu ces millions d’autres, établis dans les pays limitrophes, où ils contribuent à leurs constructions, leurs développements.

En plus du pardon que l’armée et les forces paramilitaires doivent demander au peuple, il faudrait également que les ethnostratèges et leurs complices du MATD, de la CÉNI, de la Cour constitutionnelle présentent leurs excuses à ce même peuple pour avoir permis et aidé Alpha Condé et ses partisans dans leur coup d’État constitutionnel du 22 mars 2020 et le hold-up lors de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020.

 

Propositions concrètes pour une transition réussie.

 

Aller ‘consulter‘ les populations à Tougué, dans ton cas, Yomou, Koba, Yembering pour d’autres, c’est, je crois les déranger, pour ne pas dire tout simplement les provoquer. Ici au Canada, où existe une ambassade, personne ne m’en a parlé pour que, comme je l’ai fait depuis la fin des années 80 (plus de la moitié des guinéens n’étaient pas encore nés) je m’y présente pour faire mes propositions :

1. Élargissement du CNT pour qu’il compte 161 membres : on garde les 81 membres majoritairement choisis par le CNRD du Colonel Doumbouya et on organise une élection en janvier 2023 pour renouveler les conseils communaux et en même temps les 60 membres supplémentaires du CNT. Cette élection devrait consister à choisir en même temps les conseils de quartiers, de districts, communaux et régionaux. Que ceux-ci élisent leurs chefs de quartiers, de districts, député uninominal et gouverneur de région. Pour cela, on convient que cela ne sera fait qu’à la suite de réformes administratives validées par le CNT, pour l’adoption réelle de la Décentralisation ;

 

Les anciens membres de la Cour constitutionnelle de Guinée doivent demander pardon au peuple de Guinée.

 

2. Il faudrait que l’autre reforme qui sera faite consiste à l’institutionnalisation des nominations aux postes administratifs civils, militaires et paramilitaires. Ce qui ferait qu’aune région naturelle ne devrait avoir plus de postes que d’autres. Par exemple, aucune région ne devrait avoir plus d’un ministère du pool économique ; idem pour ceux de la défense et de la sécurité, des États majors des forces dites de défense et de sécurité. Que cela soit appliqué dans les ministères et autres services publics. Ainsi, on ne dira plus que le MATD est l’affaire des Malinkés, comme l’Armée l’était sous Lansana Conté, et commençait à l’être sous Moussa Dadis Camara. Pour que demain, si un peulh arrivait aux commandes au pays, qu’il sache qu’il ne devrait pas ‘foulaniser‘ le système.

3. Je souhaiterais la création d’une vice-présidence. Qu’il soit précisé dans la Constitution que les candidats au poste de Président et de vice-président ne doivent pas être de la même ethnie, mais également de la même région. Qu’il soit indiqué que le Président de l’Assemblée nationale ne devrait pas être de la même ethnie et région que les 2 chefs de l’Exécutif (président de la République et son vice-président).

Dans une lettre à Me Mohamed TRAORÉ, respectable membre du CNT, ancien Bâtonnier, je vais le solliciter pour vérifier la faisabilité de ma proposition.

 

Ibrahima Sory BALDÉ

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