Nommer Tounkara, imposer Charles Wright : la réforme judiciaire déjà assassinée
Il n’y a désormais plus de surprise dans les nominations opérées par Mamadi Doumbouya. Après près de quatre années d’une transition aussi longue que stérile, le chef de l’État semble n’avoir tiré aucune leçon des échecs répétés de son propre régime. De la promesse solennelle de refondation à une gouvernance marquée par la déception, le « sauveur » autoproclamé du 5 septembre 2021 aura surtout institutionnalisé les travers du passé qu’il prétendait combattre.
La rupture tant annoncée s’est muée en parjure. La confiance du peuple guinéen a été trahie, et l’espoir d’un changement réel est renvoyé à une date indéterminée, peut-être à l’occasion d’une nouvelle transition, ou d’un régime enfin légal et légitime, issu de la souveraineté populaire dans toute sa plénitude, sans exclusion.
À Conakry, la confiscation du pouvoir, pudiquement rebaptisée « premier mandat de la 5ᵉ République », n’est rien d’autre que le prolongement assumé de la transition militaire enclenchée le 5 septembre 2021. Malgré les efforts maladroits de la propagande officielle pour maquiller la réalité, les observateurs avertis constatent déjà l’essoufflement, voire l’échec manifeste du régime.
La composition partielle du nouveau gouvernement en est une illustration éclatante. Elle ne porte en elle aucun signal fort de rupture, aucune perspective sérieuse de renouveau, encore moins une autocritique des erreurs passées. Ceux qui ont contribué à dévoyer la transition sont recyclés aux sommets de l’État, chargés une fois de plus de conduire les affaires publiques.

La nomination d’Alphonse Charles Wright comme Premier président de la Cour d’appel de Conakry en est la parfaite illustration. Ancien ministre de la Justice nommé en violation flagrante de l’article 31 du Statut des magistrats, qui exige dix années effectives de magistrature avant toute affectation hors fonction judiciaire, Charles Wright incarne l’arbitraire érigé en norme.
Pis encore, l’article 9 du même statut impose une stricte neutralité politique aux magistrats, y compris en détachement. Or Charles Wright, tout comme s’est illustré par un militantisme assumé en faveur de Mamadi Doumbouya. Une transgression grave, jamais sanctionnée.
Aujourd’hui, ce magistrat au tempérament conflictuel, connu pour ses bras de fer avec le CNRD, ses ministres et ses collègues, se retrouve à la tête d’une juridiction stratégique, avec le pouvoir d’orienter les dossiers et de désigner les juges à Conakry, Labé, Mamou, Kindia et Boké.
Dans ces conditions, la nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara au ministère de la Justice relève de la supercherie politique. On ne réforme pas la justice avec un ministre ligoté et un appareil judiciaire verrouillé par un homme controversé, clivant et potentiellement revanchard.
Ce choix n’est pas une erreur : c’est un sabotage. Le ministre Tounkara est condamné avant même d’avoir commencé.
Et avec lui, c’est encore une fois l’État de droit guinéen qui paie le prix.
