Contre La sansure

Nouvelle Constitution : l’appel au discernement républicain

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Une Constitution n’est point un simple parchemin aux allures juridiques : elle est l’âme d’un peuple inscrite dans le droit, la mémoire de ses luttes et la promesse de son avenir. Elle incarne le pacte suprême par lequel la souveraineté populaire s’érige en fondement de l’ordre républicain. Une telle œuvre, pour être légitime, ne saurait être imposée du haut vers le bas, ni conçue dans l’ombre des cénacles, loin de la clameur des citoyens.

Le peuple de Guinée, dans sa dignité silencieuse, observe. Il ne s’est point mobilisé en faveur de ce changement constitutionnel. Il ne l’a ni réclamé ni approuvé en pleine conscience. Ce que l’on prend, ou feint de prendre, pour une adhésion populaire, n’est trop souvent qu’une résignation mêlée de crainte, un acquiescement contraint par la peur ou par la lassitude. Certains, mus par des intérêts immédiats ou par calcul personnel, font semblant de soutenir une initiative qu’au fond d’eux-mêmes ils redoutent ou désapprouvent.

Il faut avoir le courage de le dire : l’ambiguïté ambiante n’est pas le reflet d’un consensus, mais le symptôme d’un malaise. À la sincérité des débats s’est substituée une hypocrisie politique savamment orchestrée, où l’opportunisme l’emporte sur la conviction, et le silence prudent sur la franchise républicaine. Le peuple, lui, sait. Et s’il se tait, c’est moins par adhésion que par prudence face à l’incertitude.

Or une Constitution ne peut naître dans la peur, ni prospérer dans le mensonge. Elle doit être le fruit d’un dialogue vrai, d’une délibération libre, d’un consentement éclairé. Ce texte, censé fonder l’avenir, ne saurait être façonné au gré des intérêts du moment ou des desseins inavoués.

La Transition, dès son origine, s’était engagée devant Dieu, devant l’histoire et devant le peuple, à restaurer l’ordre constitutionnel dans un esprit de neutralité, de refondation et de réconciliation. Ces engagements, porteurs d’espérance, ne sauraient être trahis sans conséquences pour la confiance nationale.

Le peuple de Guinée, ce grand silencieux aux yeux ouverts, attend autre chose : il veut de l’eau potable, des soins de santé dignes, des écoles fonctionnelles, une justice impartiale, une sécurité durable, un emploi digne pour ses enfants, une administration intègre, une presse libre et un cadre de vie humain. Il n’a jamais fait de la Constitution une urgence, car ce qui l’oppresse, ce ne sont pas les textes, mais les souffrances quotidiennes non prises en charge.

En ce moment délicat, des rumeurs insistantes évoquent la possibilité d’une candidature du président de la Transition ou de certains membres influents du CNRD. Il serait honorable, pour la paix et la vérité, que de telles hypothèses soient clarifiées. Non par défiance, mais pour prévenir toute rupture de confiance. Car gouverner, c’est d’abord respecter la parole donnée.

Nous ne sommes ni détracteurs ni adversaires. Nous sommes des citoyens, tout simplement, mus par le souci sincère de préserver notre pays du désordre, de l’illégalité et de l’oubli des principes. Nous aimons profondément cette patrie. Et c’est au nom de cet amour responsable que nous appelons à une solution légale, raisonnable, conforme à l’esprit de la Transition et fidèle aux engagements pris devant le peuple.

La République exige des actes à la hauteur des promesses. La légitimité n’est pas une conquête, mais une reconnaissance. Et l’histoire, souveraine entre toutes, ne retient que ceux qui ont su faire taire leur ambition pour préserver l’unité d’une nation fragile.

Konaté Lanciné politologue

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