Présidentielle 28 décembre : La Guinée à l’Heure du Sans-Cellou (Par Elhadj Aziz Bah)
Nos ancêtres disaient : « On ne peut pas raser la tête d’un homme en son absence ». Pourtant, le 28 décembre prochain, certains s’apprêtent à organiser une élection présidentielle sans celui que tout le monde attend : Cellou Dalein Diallo. C’est comme vouloir cuisiner le riz gras national sans huile de palme : techniquement possible, mais qui voudra y goûter ?
Le rassemblement des candidats de cette semaine restera dans les annales comme un monument de désolation démocratique. Dans l’assistance : trois curieux qui passaient par là, cinq vendeuses de beignets venues par optimisme commercial, et quelques militants payés en carburant pour moto. Même les journalistes présents étaient plus nombreux que les sympathisants.
« Quand le chien aboie, c’est qu’il y a quelque chose », dit le proverbe. Mais là, même les chiens se sont tus. Le silence était si pesant qu’on entendait les moustiques négocier leur territoire.
Le théâtre de l’absurde tropical
Car organiser une présidentielle sans Cellou Dalein Diallo dans la course, c’est exactement comme convoquer un match de football à Touba, chez mes beaux-frères diakankés, en plein après-midi de Ramadan : personne ne viendra, tout le monde a autre chose à faire, et les rares présents se demanderont ce qu’ils font là.
Nos sages l’ont toujours dit : « Ce n’est pas le bruit du mortier qui fait le bon foutou ». Et là, malgré tout le tapage médiatique orchestré, le foutou reste collé au fond de la marmite. Pas de militants enthousiastes, pas de foules électrisées, pas même l’ombre d’une effervescence démocratique. Ces candidats « de service » nous offrent un spectacle surréaliste : des généraux sans armée, des capitaines sans navire, des griots sans public. Ils discourent, promettent, gesticulent devant des rangées de chaises vides qui leur renvoient l’écho cruel de leur insignifiance politique.
L’opposition fantôme et la démocratie en papier carbone
« On ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif », rappelle la sagesse populaire. Le peuple guinéen, lui, a soif de changement, de débat contradictoire, d’alternance crédible. Pas d’une mascarade électorale où le vainqueur est connu trois mois avant le scrutin.
Les vendeuses de beignets sont reparties bredouilles. Même elles avaient compris : un rassemblement sans militants, c’est comme le marché Madina sans marchandes de tomates. Ça n’a aucun sens. Elles ont plié leurs bassines et sont allées chercher fortune ailleurs, là où les foules se rassemblent vraiment. Car le verdict est sans appel : une élection sans opposition digne de ce nom, c’est comme un mariage sans la mariée, un baptême sans bébé, un concert sans musiciens. On peut faire semblant, inviter les gens, installer le décor. Mais tout le monde sait que c’est du cinéma.
L’héritage amer
« Celui qui veut déplacer la montagne commence par déplacer les petites pierres », nous enseignaient nos aînés. Mais ici, on veut nous faire croire qu’on peut bâtir une démocratie sans fondations, organiser un scrutin sans compétition, construire une légitimité sans adhésion populaire. Le résultat ? Un simulacre qui trompe peut-être les observateurs pressés, mais certainement pas le peuple guinéen qui, lui, a déjà voté avec ses pieds : en restant chez lui. Et comme le dit si bien le proverbe : « Le mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour ».
Le 28 décembre, quand les urnes resteront désespérément vides dans les quartiers, quand les bureaux de vote ressembleront à des salles d’attente abandonnées, la vérité éclatera au grand jour. On ne fait pas une élection présidentielle comme on organise une réunion de quartier. Nos ancêtres le savaient déjà : « On ne demande pas au crapaud de garder l’eau ».
La comédie électorale continue. Le rideau tombera le 28 décembre. Mais le public, lui, a déjà quitté la salle.
« La bouche qui a mangé le sel ne peut pas cracher la salive sucrée », me disait ma grand-mère.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
