Présidentielle du 28 décembre : Entre foules et absences, le peuple a déjà commencé à choisir (Par Elhadj Aziz Bah)
« Le changement ne viendra pas si nous attendons une autre personne ou un autre moment. Nous sommes ceux que nous attendions. Nous sommes le changement que nous recherchons. » — Barack Obama.
À quelques heures de ce rendez-vous historique du 28 décembre, la Guinée vibre d’une énergie nouvelle. Sur les routes poussiéreuses de notre pays, dans les places publiques où résonnent les espoirs et les doutes, j’ai observé, écouté, ressenti. Ce que j’ai vu sur le terrain transcende les simples statistiques électorales : c’est le souffle puissant d’un peuple qui refuse la fatalité et choisit de reprendre les rênes de son avenir.
L’irruption d’une nouvelle génération
Le FRONDEG de Yero Baldé et l’ARP de Mohamed Nabé ont provoqué un séisme politique. Partout où leurs caravanes ont défilé, les Guinéens se sont levés, par milliers, par dizaines de milliers. Ces visages illuminés d’espérance, ces mains tendues vers le ciel, ces voix scandant le changement ; tout cela témoigne d’une soif inextinguible de renouveau.
« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » — Benjamin Franklin

Pour ces deux formations à leur baptême du feu présidentiel, le triomphe dépasse déjà les urnes. Ils ont brisé le monopole des anciens, pulvérisé les certitudes établies, ouvert une brèche par laquelle s’engouffre désormais toute une génération de leaders déterminés. Quel que soit le verdict des bulletins, leur victoire morale est éclatante : ils ont prouvé qu’en Guinée, aucune porte n’est définitivement fermée à qui ose frapper avec conviction.
Quand l’expérience peine à convaincre
Face à cette déferlante, les formations politiques aguerries, le BL de Faya Milimono, la NGR d’Abe Sylla, le FAN de Makalé Traoré (dont le courage et le talent forcent mon admiration), ont peiné à mobiliser. Les places demeurées à moitié vides, les discours accueillis avec politesse mais sans ferveur, tout cela interroge profondément.
Est-ce l’échec d’une stratégie de campagne trop timorée ? Ou bien assistons-nous à quelque chose de plus fondamental : un peuple qui, lassé des promesses recyclées, aspire viscéralement à de nouveaux visages, à une parole neuve, à une vision qui rompt avec les déceptions accumulées ?
« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » — Albert Einstein
Pour ces partis, le courant ne portait pas. Peuvent-ils renverser la vapeur dans le secret de l’isoloir ? L’Histoire nous enseigne la prudence, mais la lucidité commande de reconnaître que la montagne à gravir s’annonce vertigineuse.
Le paradoxe du favori invisible
Et puis, il y a lui : Mamadi Doumbouya, l’homme fort de la transition, le candidat du GMD, le grand favori de ce scrutin. Son choix stratégique confine au mystère : après quatre années aux commandes du pays, il a préféré rester dans les coulisses, envoyant ses émissaires promettre mer et monde tandis que lui-même demeurait absent du dialogue direct avec le peuple.
Cette distance, ce silence, cette délégation systématique ont laissé les Guinéens perplexes, frustrés même. Comment un candidat peut-il prétendre incarner l’avenir d’une nation sans prendre le temps de regarder ses citoyens dans les yeux, d’écouter leurs complaintes, de partager leurs angoisses ?
« La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » affirmait Lincoln.
Ce paradoxe mérite un examen approfondi, que je réserve pour une analyse dédiée. Mais une question taraude déjà les consciences : un leader peut-il diriger un peuple dont il semble s’être éloigné ?
Au-delà des candidats : L’exigence démocratique.

Les autres candidats, avec tout le respect que je leur dois, n’ont pas marqué cette campagne de leur empreinte. Ils ont participé, ils ont existé, mais ils n’ont pas enflammé.
Mais au-delà des hommes et des femmes en lice, saluons ce qui fonctionne : la Direction Générale des Élections et nos forces de sécurité ont accompli un travail remarquable. Leur impartialité, leur professionnalisme, leur engagement ont permis à cette campagne de se dérouler dans des conditions honorables. C’est sur ces fondations solides que doit reposer notre espoir d’un scrutin transparent et apaisé.
« L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. » — Antoine de Saint-Exupéry
Que le meilleur l’emporte, non pas le plus riche, le plus puissant ou le mieux connecté, mais celui qui incarne le mieux nos aspirations collectives à la justice, à la dignité, au progrès partagé.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
