Contre La sansure

Portrait du Président : La Nation en arrière-plan, le luxe au premier plan

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Un portrait officiel n’est jamais neutre. Il est un message politique silencieux, une mise en scène pensée pour dire l’État, la Nation et la relation qu’un dirigeant entretient avec son peuple. Or, dans le cas présent, deux détails apparemment anodins révèlent une dissonance profonde entre le pouvoir et la réalité sociale du pays.

D’abord, le drapeau national, symbole suprême de l’unité et de la souveraineté du peuple, n’apparaît qu’à moitié, relégué à l’arrière-plan, tronqué sur le côté. Dans une République où l’État se veut fort et rassembleur, ce choix visuel interroge. Le drapeau ne doit pas être un élément décoratif accessoire, mais un symbole pleinement assumé, visible dans son intégralité. Le couper, c’est affaiblir sa portée. C’est donner l’impression que la Nation est un décor, et non le cœur du pouvoir.

Mais ce qui frappe davantage encore, c’est la montre en or massif, ostensiblement visible au poignet du chef de l’État. Un détail ? Non. Un symbole puissant. L’or, le luxe, l’ostentation. Dans un pays où une large partie de la population lutte pour se nourrir, se soigner ou scolariser ses enfants, cette montre n’indique pas seulement l’heure : elle mesure la distance entre le sommet de l’État et la vie quotidienne du peuple.

Le contraste est frappant. D’un côté, une population plongée dans la précarité, l’inflation, le chômage et le désespoir. De l’autre, un pouvoir qui s’affiche dans les codes du prestige et de l’abondance. Là où le portrait officiel aurait pu incarner la sobriété républicaine, il expose au contraire un goût assumé pour le luxe, en total décalage avec la misère du peuple.

Le message implicite est clair : le pouvoir brille pendant que le peuple survit. Le drapeau est à moitié visible, mais la montre en or, elle, ne se cache pas.

Un grand dirigeant ne se reconnaît pas à la valeur de ses ornements, mais à sa capacité à incarner les souffrances, les espoirs et la dignité de son peuple.

Dans un contexte de crise sociale profonde, la sobriété n’est pas une option esthétique : c’est une exigence morale. Ce portrait restera peut-être dans les archives officielles. Mais dans la tête des Guinéens, il risque surtout de s’imprimer comme l’image d’un pouvoir déconnecté, plus soucieux de son apparat que de la réalité de ceux qu’il prétend gouverner.

Oumar Sylla, Citoyen Guinéen.

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