Contre La sansure

Quand la pluie devient chagrin – Tribune de compassion

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Les nuages ont grondé sur Conakry. Mais ce n’est pas seulement la pluie qui est tombée. Ce sont des toits, des murs, des vies, des repères. Ce sont des cris noyés dans les eaux. Ce sont des rêves, brisés sous le poids de la boue et du silence.

Conakry a pleuré, et avec elle, toute une nation s’est figée.

Il n’y a pas de mot pour consoler une mère qui a perdu son enfant. Il n’y a pas de geste assez vaste pour refermer le vide laissé par ceux qui ne rentreront plus jamais à la maison. Dans les quartiers de Sangoyah, de Kobaya, de Simambossia, de Lambanyi et partout, des familles entières sont plongées dans un deuil brutal.

À Simambossia, un enseignant a tout perdu : sa femme et ses trois filles emportées par les eaux. À d’autre endroit, c’est un maître menuisier et son jeune apprenti qui ont perdu la vie. Et au cœur de la cité, le jeune cadre Ibrahima Kalil Keira a vu sa vie fauchée en plein élan. Un peu partout à Conakry c’est la tristesse et la désolation.

Feu Ibrahima Kalil Keira

Comment panser de telles plaies ? Comment continuer quand tout s’effondre ? Aucun mot, aucun hommage, aucune présence ne suffira. Mais nous devons essayer. Nous devons être là.

Car au cœur de la douleur, il y a un appel. Un sursaut. Une nécessité.

La solidarité.

Je l’ai vue jaillir. Discrète, mais réelle. Dans un seau tendu, une couverture partagée, une prière murmurée. J’ai vu des militants de l’UFDG, se lever, aller là où la souffrance se cache. Non pas pour se montrer. Mais pour être présents. Humains. Frères.

J’ai vu Maï Kadija Bah, debout parmi les familles sinistrées, silencieuse mais solide, apportant sa présence et son soutien. Elle n’a pas parlé en militante, mais en sœur. Elle a incarné, à elle seule, l’esprit de l’appel lancé par Cellou Dalein Diallo. Cet appel à la dignité, à la proximité, à la fraternité concrète.

Et cet appel, je le relaie. Je le porte. Je le prolonge.

Le plus dur n’est peut-être pas encore passé. Demain commence le mois d’Août, le mois des pluies intenses en Guinée. Et beaucoup de nos compatriotes restent exposés, sans protection, sans secours. C’est maintenant qu’il faut agir. Pas pour un jour. Mais pour tout un mois de vigilance, de présence, de solidarité partagée.

Il nous faut tous, partout, ici ou ailleurs, en Guinée ou en exil, répondre à cette détresse par la chaleur du cœur. Oublier un instant ce qui nous divise, pour soigner ce qui nous unit : une douleur commune, une humanité blessée, une obligation de présence.

La pluie continue. Et avec elle, la menace. Ne laissons pas les larmes couler seules.

Que chaque geste posé soit une lumière dans l’obscurité.
Que chaque vie protégée soit une victoire sur le destin.
Et que la mémoire de nos disparus soit honorée par notre capacité à nous tendre la main.

Alpha Issagha Diallo
Militant, témoin du réel

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