Contre La sansure

Quand le bruit retombe (Par Abdourahmane Condé)

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Après les résultats de l’élection du 28 décembre 2025, les vacarmes vont s’étendre et les démarcheurs de bouchées, les communicateurs de circonstance, les artistes recyclés en porte-voix politiques, les démagogues pressés et les intermédiaires sans mandat découvriront une réalité simple, celle de « la période de pic est terminée. »

Les campagnes ont ceci de particulier qu’elles créent des illusions temporaires. Elles donnent l’impression d’une utilité soudaine, d’une proximité avec le pouvoir, d’un rôle central dans l’histoire. Mais une fois les micros rangés, les affiches décollées et les slogans oubliés, l’égalité sociale reprend ses droits. Beaucoup se retrouveront exactement là où ils étaient avant, sans statut, sans perspective durable, sans protection.

C’est l’un des paradoxes de notre vie politique. On mobilise l’émotion, le bruit et l’excès pour masquer l’absence de projets solides et de compétences structurées. On confond agitation et action, visibilité et utilité, loyauté bruyante et engagement réel. Pourtant, l’État ne se construit pas avec des cris, mais avec des institutions, des idées claires et des hommes et femmes capables d’assumer le temps long.

La vérité est souvent inconfortable mais le pouvoir n’emploie pas durablement ceux qui l’applaudissent le plus fort, mais ceux qui savent réfléchir, organiser, corriger et servir sans tapage. Le reste relève de la consommation politique, rapide, intense, puis jetable.

Quand le rideau tombera, nous serons tous ramenés à une même condition, celle de citoyens confrontés aux mêmes réalités économiques, aux mêmes incertitudes sociales, au même marché du travail. C’est à ce moment-là que chacun mesurera la différence entre avoir servi une cause et avoir simplement profité d’un moment.

La maturité politique commence peut-être ici.

Comprendre que le véritable engagement ne cherche pas le pic, mais la durée. Et que le silence du lendemain est souvent plus révélateur que le bruit de la veille.

C’est souvent après le pic que se dessinent les véritables lignes de distinction. Non pas entre vainqueurs et perdants, mais entre ceux qui étaient portés par le moment et ceux qui avaient une vision. Entre ceux qui occupaient l’espace et ceux qui construisaient du sens.

La politique guinéenne gagnerait à tirer une leçon simple de cette phase que le tumulte ne fonde pas la légitimité. Celle-ci se bâtit dans la capacité à comprendre le pays, à anticiper ses mutations et à proposer des réponses sobres, cohérentes et durables.

« Quand tout retombe, ce n’est pas le bruit qui survit. Ce sont les idées. »

Abdourahmane CONDÉ

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