Contre La sansure

Quand l’État trahit ses enfants et se pare de vertu à l’étranger

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Ils veulent que nous applaudissions. Que nous nous inclinions devant cette scène de théâtre diplomatique montée à la hâte dans les salons climatisés du ministère des Affaires étrangères. Ils veulent que nous croyions, ou feignions de croire, que l’arrestation d’une citoyenne guinéenne à Monrovia est devenue, en un éclair, une affaire d’État. Comme si la dignité du peuple guinéen était soudainement montée sur la scène internationale, escortée par des mots forts : indignation, offense nationale, lumière, sanctions.

Mais les Guinéens ne sont pas dupes.

Et l’histoire retiendra que cette indignation officielle n’est pas seulement tardive. Elle est honteusement sélective, foncièrement hypocrite et moralement obscène.

𝐔𝐧 𝐭𝐡éâ𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐢𝐩𝐥𝐨𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐦𝐚𝐪𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐠é𝐝𝐢𝐞 𝐢𝐧𝐭é𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫𝐞

Le ministre Morissanda Kouyaté, fidèle serviteur du régime militaire, veut nous faire croire que la Guinée défend ses citoyens partout où ils se trouvent. Pourtant, dans les ruelles sombres de Conakry, de Labé, de N’zérékoré ou de Siguiri, des Guinéens disparaissent chaque semaine, arrêtés, brutalisés ou simplement effacés du registre des vivants par une junte qui ne connaît que le langage de la force.

Où est la “fermeté remarquable” du ministre lorsque des opposants politiques sont enlevés à l’aube par des hommes encagoulés ?

Où est la convocation d’urgence lorsque des journalistes croupissent à Coronthie pour avoir fait leur travail ?

Où sont les « preuves tangibles » et les « sanctions » quand des manifestants tombent sous les balles, que des familles pleurent, que les mères enterrent leurs enfants dans le silence assourdissant des institutions ?

Non. Ce pouvoir ne défend pas la dignité des Guinéens.
Il la nie, la piétine, la torture, l’étrangle à huis clos.

𝐔𝐧 É𝐭𝐚𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐭𝐮𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐳 𝐥𝐮𝐢 𝐬𝐞𝐬 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐬 𝐧𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐬’𝐢𝐧𝐝𝐢𝐠𝐧𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐬𝐨𝐫𝐭 𝐚𝐮 𝐝𝐞𝐡𝐨𝐫𝐬

Depuis le reniement de leur propre serment de transition, les hommes en uniforme qui tiennent la Guinée en laisse ont opté pour la méthode dure : gouverner par la peur, par l’arbitraire, par la disparition organisée des voix discordantes. Le régime CNRD n’est pas en transition. Il est en transfiguration tyrannique, maquillant ses instincts autoritaires en feuille de route républicaine.

Et pendant que les ONG internationales documentent les violations des droits humains, pendant que les Guinéens exilés alertent sur les enlèvements et les procès kafkaïens, Morissanda Kouyaté préfère brandir une affaire libérienne comme preuve de patriotisme.
Quelle ironie.
Quel mépris.

𝐔𝐧 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐦é𝐦𝐨𝐫𝐢𝐞𝐥 𝐦𝐚𝐥𝐡𝐨𝐧𝐧ê𝐭𝐞

Le ministre ose convoquer l’histoire : « La Guinée a accueilli les Libériens durant leur guerre civile. » Oui, elle l’a fait. Mais ce n’est pas vous, monsieur le ministre, qui les avez accueillis. Ce n’est pas votre junte qui les a protégés. C’est le peuple guinéen, dans sa générosité séculaire, qui a tendu la main aux réfugiés.

Vous n’avez pas le droit de transformer cet acte de solidarité populaire en monnaie de chantage diplomatique.

Ce rappel n’a rien de noble. Il trahit plutôt une incapacité à produire un discours cohérent : vous exhumez le passé pour cacher l’échec du présent.

𝐔𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐩𝐥𝐨𝐦𝐚𝐭𝐢𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐨𝐥𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐯𝐞𝐫𝐭é𝐛𝐫𝐚𝐥𝐞, 𝐮𝐧𝐞 𝐑é𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐛𝐨𝐮𝐬𝐬𝐨𝐥𝐞

La vérité est simple : cette affaire Djenabou est un leurre, une diversion, une opération cosmétique destinée à donner le change à l’extérieur, pendant que l’intérieur s’effondre sous les bottes du pouvoir. Le régime cherche à se refaire une virginité morale auprès des chancelleries internationales, en simulant une sensibilité aux droits humains à l’extérieur, là où les caméras du monde peuvent voir.

Mais la dignité ne s’exporte pas.
Elle ne se décrète pas dans un communiqué de presse.
Elle se garantit, au quotidien, dans l’ordre intérieur d’un État juste et respectueux des libertés.

𝐍𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐯𝐞𝐮𝐠𝐥𝐞. 𝐈𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐥è𝐫𝐞.

Le peuple guinéen observe. Il encaisse. Il se tait parfois, mais il n’oublie rien. Il n’oublie pas ceux qu’on a fait taire. Il n’oublie pas ceux qu’on a bannis, ceux qu’on a mis au cachot pour une opinion, un slogan, un drapeau.

Et il verra dans cette affaire libérienne non pas un sursaut d’honneur, mais un pic d’hypocrisie, une ultime provocation à l’intelligence citoyenne.

La vraie offense faite à la nation, ce n’est pas l’arrestation d’une Guinéenne à Monrovia.
C’est la captivité de tout un peuple dans sa propre patrie, sous un régime sans horizon ni vertu.

𝐔𝐧 𝐣𝐨𝐮𝐫, 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐝𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞𝐫𝐨𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐥𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥è𝐭𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐮𝐬.

Nous rendrons justice aux voix étouffées.
Nous démasquerons les tartuffes diplomatiques.
Nous jugerons les oppresseurs et leurs complices, même ceux qui aujourd’hui parlent d’honneur, de dignité, de justice, pendant qu’ils couvrent les pires forfaits du régime.

La Guinée ne pourra pas être défendue à l’étranger tant qu’elle est séquestrée par la peur chez elle.

𝐏𝐚𝐫 𝐀𝐛𝐨𝐮𝐛𝐚𝐜𝐚𝐫 𝐅𝐨𝐟𝐚𝐧𝐚, 𝐚𝐮 𝐧𝐨𝐦 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐢𝐛𝐞𝐫𝐭é

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