Référendum en Guinée : quand le Oui devient un réflexe pavlovien
À l’approche du référendum constitutionnel du 21 septembre, la Guinée semble frappée par une épidémie singulière : le réflexe pavlovien du Oui. Une satire sur un peuple conditionné à répondre d’avance, avant même d’avoir entendu la question.
En Guinée, il y a des choses qui ne meurent jamais : les coupures de courant, les embouteillages monstres… et surtout le Oui. Ah, ce petit mot magique, omniprésent, immortel, indestructible ! Chez nous, le Oui n’est pas un choix, c’est une seconde nature. À croire que dès la maternité, entre deux vaccins, on injecte aux nourrissons une dose de « réflexe pavlovien » pour qu’ils répondent Oui à tout ce qui brille d’un tampon officiel.
Le 21 septembre prochain, le pays s’apprête à célébrer une grande messe nationale : le référendum constitutionnel. Officiellement, on appelle ça « consultation du peuple ».
Officieusement, c’est une répétition générale où l’on attend que tout le monde récite le même refrain. Et gare à celui qui osera fredonner une autre mélodie !
Soyons honnêtes : ce référendum n’est pas une question de Constitution, encore moins de destin national. C’est un test de fidélité. Un test pour savoir combien de citoyens peuvent encore répéter Oui avec la même ferveur qu’un chœur bien dressé. C’est presque comique : plus besoin de campagne, le conditionnement a déjà fait son œuvre.
Le Oui guinéen est comme ces moustiques de Conakry : impossible de s’en débarrasser. Il résiste aux arguments, à la logique, aux débats. Et il se reproduit à grande vitesse : un leader dit Oui, cent mille gorges reprennent en chœur. Pavlov lui-même aurait été impressionné !
Mais attention : derrière la comédie se cache une tragédie. À force de transformer le peuple en perroquets du Oui, on tue la démocratie. On ne débat plus, on ne choisit plus, on répète. Le référendum, au lieu d’être un acte de souveraineté, devient un rituel folklorique où la liberté se déguise en obéissance.

Ce conditionnement politique a des racines profondes. Depuis des décennies, nos dirigeants ont transformé l’art de gouverner en un spectacle où l’unanimisme est présenté comme une vertu. Le peuple, privé d’un vrai débat contradictoire, a appris à survivre en répétant le mot attendu, ce fameux Oui qui ouvre les portes, évite les ennuis et rassure le pouvoir. Le problème, c’est qu’à force de répondre mécaniquement, nous avons oublié la valeur du doute, de l’interrogation, du désaccord constructif.
Un référendum, dans une démocratie véritable, devrait être un moment de réflexion collective, où chaque citoyen s’interroge sur ce qui est juste et utile pour son pays.
Chez nous, il s’apparente trop souvent à une cérémonie folklorique, où l’on confond participation avec soumission. Le danger est immense : un peuple habitué à dire Oui à tout finit par dire Oui à sa propre servitude.
Alors oui (pardonnez-moi le jeu de mots), le 21 septembre, nous allons encore assister au grand carnaval du Oui. Les micros, les affiches, les discours officiels, tout concourra à orchestrer cette symphonie monocorde. Mais au fond, la vraie question n’est pas ce que dit la Constitution. La vraie question est : quand donc les Guinéens oseront-ils guérir de ce virus national pour redevenir des citoyens libres, capables de dire Non sans trembler ?
Parce que tant que nous resterons esclaves du Oui automatique, le futur de notre pays restera écrit au conditionnel.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
