Contre La sansure

Rusal Fria : Le colon minier qui dévore les travailleurs

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Dans les profondeurs de Fria, là où la terre s’ouvre comme une plaie rouge de bauxite, les hommes descendent chaque jour avec la foi du cultivateur qui espère une récolte.

Mais au bout de l’effort, ce ne sont pas des gerbes d’abondance qu’ils soulèvent, ce sont des miettes, des salaires rabotés, des vies usées trop tôt. On dit chez nous : « Quand la chèvre broute, que sa corde aussi se relâche ». Or ici, la bête broute jusqu’à l’os, mais la corde demeure serrée.

La convention collective minière parle comme une machine froide. Elle ne connaît ni sueur ni fatigue, seulement des chiffres figés. Elle dit que de l’ouvrier le plus humble (O1) au cadre le plus diplômé (C3), celui qui porte l’étiquette “sous-traitant” doit se contenter de trente pour cent de moins que son frère de la société mère. Une soustraction automatique, un tiers envolé, répété d’un barreau à l’autre de l’échelle sociale. Travail égal, risque égal, mais salaire tronqué : voilà la signature du colon minier moderne.

Voyez l’ouvrier débutant : ses mains nues reçoivent 2 600 000 GNF dans une société mère, mais tombent à 1 820 000 GNF s’il dépend d’un sous-traitant. La même pioche, le même soleil de plomb, la même poussière dans la gorge. Mais pas la même reconnaissance. Et au sommet, le cadre qui devrait toucher 20 millions de GNF n’en voit que 14 millions. Comme si, du premier pas jusqu’au dernier, la descente était la règle et la perte la loi.

Le comble, c’est que plus la responsabilité grandit, plus l’injustice se creuse. Chez les agents de maîtrise, l’écart dépasse 34 %. « Quand tu charges un âne, ne le plie pas sous le fardeau », dit le sage. Mais à Fria, plus on confie d’expérience et de compétences, plus on rabaisse la rémunération. Comme si l’ascension n’était qu’une illusion, une corde raide qui ramène toujours au même point.

Fria est une terre de mémoire. Jadis, elle fut la première cité minière, le phare de l’alumine en Afrique. Aujourd’hui, elle est le miroir d’une tragédie sociale. Les chiffres ne sont pas seulement des colonnes de GNF ; ce sont des ventres creux, des enfants privés de scolarité, des familles qui comptent les jours avant chaque fin de mois. « La calebasse qui puise l’eau a droit à une gorgée » : mais ici, ceux qui puisaient ont soif au bord même de la rivière.

Le colon minier a changé de visage. Il ne parle plus français d’outre-mer, il parle russe et signe RUSAL. Mais le principe reste le même : extraire, emporter, et laisser derrière des silhouettes fatiguées. Dans les villages de Fria, la poussière rouge couvre les cases et les habits, mais pas les tables des repas. La richesse sort en wagons, mais les foyers restent pauvres.

Ceci n’est pas seulement une dénonciation salariale. C’est l’acte d’accusation d’un système où la mine bat comme un cœur, mais dont le sang nourrit d’autres corps. Où les tambours résonnent pour le monde entier, mais où les enfants de Fria dansent pieds nus. Et tant que cette vérité persistera, RUSAL restera moins un investisseur qu’un colon, moins un partenaire qu’un prédateur.

Car en Guinée, l’histoire l’a prouvé : « Quand le feu couve sous la cendre, il finit par embraser la savane. » Fria n’oublie pas, et sa colère sourde attend son heure.

Par Ibrahima Sory Bangoura

In. https://www.guineefutur.info/2025/08/26/rusal-fria-le-colon-minier-qui-devore-les-travailleurs/

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