Contre La sansure

Salaires coupés, cadres humiliés, argent dilapidé : le scandale FDSI

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Accusations de violences, missions sans primes, salaires suspendus, soupçons de mauvaise gestion et climat de peur : au sein du Fonds de Développement Social et de l’Indigence (FDSI), plusieurs cadres brisent le silence. À travers témoignages concordants et faits rapportés, ils décrivent une institution fragilisée, éloignée de sa mission sociale, et appellent à des audits indépendants et à l’intervention des autorités compétentes.

Selon plusieurs témoignages concordants de cadres et d’agents, le Fonds de Développement Social et de l’Indigence (FDSI) traverse une crise interne profonde, marquée par de graves dysfonctionnements dans sa gouvernance, une gestion contestée des ressources financières et un climat de travail décrit comme humiliant et intimidant. Les personnes interrogées évoquent une centralisation excessive du pouvoir décisionnel autour du Directeur général, Lansana Diawara, dans un contexte de flou juridique persistant, en l’absence de textes clairs encadrant l’organisation et le fonctionnement de cet établissement public à caractère administratif.

Plusieurs agents affirment avoir été victimes ou témoins de violences verbales répétées et, dans certains cas, de gestes à caractère physique. Un fait précis revient de manière récurrente dans les témoignages : en 2022, lors d’une mission relative à la mise en place du Registre social unifié à l’intérieur du pays, le comptable du FDSI, M. Mamoudou Kourouma, aurait été publiquement insulté et giflé par le Directeur général, selon des témoins présents. À ce jour, aucune communication officielle n’a fait état de l’ouverture ou des conclusions d’une enquête administrative sur cet incident présumé.

Les mêmes sources indiquent que, dans le cadre de cette mission, les cadres déployés devaient percevoir une prime journalière de 500 000 francs guinéens. Or, selon les intéressés, ils n’auraient reçu qu’un million de francs guinéens pour six jours de travail, malgré l’ampleur des responsabilités liées à l’enquête, à l’identification et à l’enregistrement des ménages, des personnes et des groupes indigents. Plusieurs cadres dénoncent une atteinte à leur dignité professionnelle et une dévalorisation manifeste de l’administration publique.

De façon plus générale, de nombreuses missions effectuées à l’intérieur du pays se seraient déroulées sans conditions minimales de prise en charge. Les agents évoquent l’absence de primes, de logement et de restauration. En 2023, à Kindia, lors de la distribution des titres de prise en charge sanitaire, des cadres venus de la Direction générale affirment avoir été contraints de dormir dans des écoles et des bars-cafés, faute d’hébergement prévu par l’institution.

Plus préoccupant encore, plusieurs agents soutiennent que les cadres ayant dénoncé ces pratiques auraient fait l’objet de représailles. Des suspensions ou des non-paiements de salaires pour les mois de mars et d’avril sont notamment évoqués, ainsi que des licenciements qualifiés d’abusifs par les personnes concernées. Selon leurs témoignages, ces décisions auraient été prises sans procédures disciplinaires transparentes ni voies de recours effectives.

Des soupçons persistent également autour de l’utilisation des ressources financières du FDSI. Des sources internes évoquent des dépenses jugées non justifiées, notamment des offrandes et largesses à destination de certaines personnalités influentes, dans le but présumé de consolider la position du Directeur général. Des noms de responsables institutionnels sont cités par les agents comme faisant partie de l’environnement politique dans lequel le Directeur général se sentirait protégé, sans qu’aucune preuve formelle ni réaction officielle des personnes mentionnées n’ait, à ce stade, été rendue publique.

Enfin, certains témoignages font état de dépenses privées jugées ostentatoires observées dans l’entourage du Directeur général, alimentant un sentiment de malaise et un écart perçu comme préoccupant entre la mission sociale du FDSI et certaines pratiques reprochées à sa direction.

Face à l’accumulation de ces faits rapportés, le FDSI apparaît aujourd’hui fragilisé sur les plans institutionnel et social. Plusieurs cadres interrogés appellent à l’ouverture d’audits indépendants, à des enquêtes administratives et judiciaires impartiales, ainsi qu’à la mise en place urgente de textes réglementaires clairs afin de restaurer la crédibilité de l’institution et de garantir la protection de son personnel comme des populations qu’elle est censée servir.

Au-delà des accusations individuelles, c’est la crédibilité même du FDSI qui est désormais en jeu.

Par Azözöye Bangoura

Source: https://www.guineefutur.info

 

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