SÉRIE SATIRIQUE : LE COURTIER (Dédicace spéciale à Alpha Boubacar Bah ) ÉPISODE 1 — TOUT EST BUSINESS
Il ne faut jamais juger Le Courtier avec les catégories ordinaires. Idéologie, engagement, loyauté, combat… tout cela lui est étranger.
Le Courtier ne croit pas, il évalue. Il observe une situation politique comme on observe un marché : qui souffre ?, qui a peur ?, qui bloque ?, qui peut débloquer ?. Et surtout : qui peut payer ?.
Chez lui, la morale est un décor. La compassion, une vitrine. L’opposition, un emplacement stratégique.
Le Courtier n’est ni pour ni contre. Il est entre. Entre le pouvoir et ses victimes. Entre la peur et la promesse. Entre le problème et la “solution”. Car Le Courtier a compris une chose très tôt : ce pays ne manque pas de malheurs, il manque seulement d’intermédiaires.
Le Courtier a une maxime. Une phrase simple. Presque honnête. Tout est business. Il ne la cache pas, ne la murmure pas. Il la revendique.
Les morts ? Business émotionnel. La répression ? Business informationnel. La proximité avec le pouvoir ? Business relationnel.
Le Courtier ne trahit pas par colère ni par conviction. Il trahit par logique économique.
Ce qui frappe chez Le Courtier, c’est l’absence totale de rage. Il ne crie jamais. Il ne s’emporte pas. Il ne brûle rien. Il préfère expliquer. Nuancer. Contextualiser.
Pendant que d’autres s’indignent, Le Courtier prend des notes. Pendant que les balles sifflent, Le Courtier écoute. Pendant que les familles pleurent, Le Courtier comprend les deux camps. C’est sa spécialité : être toujours du côté de la “complexité”.
Pourquoi Le Courtier est-il recherché ? Parce qu’il sait. Il sait : qui est inquiet, qui est bloqué, qui est surveillé, qui est utile. Il sait aussi : à qui parler, quand parler, et surtout combien cela vaut.
Le Courtier ne force jamais. Il suggère. Il ne menace pas. Il informe. Il ne promet pas. Il “essaie de voir ce qu’il peut faire”. Rien n’est écrit. Rien n’est signé. Tout est fluide. Comme le business.
Le Courtier ne se voit pas comme un traître. Il se voit comme un prestataire. Il ne vend pas son âme, il la loue, au tarif du moment.
Et dans un pays où tout brûle, Le Courtier a choisi de vendre des extincteurs… au milieu de l’incendie. La suite montrera comment la douleur est devenue rentable.
