SÉRIE SATIRIQUE : LE COURTIER (Dédicace spéciale à Alpha Boubacar Bah ) ÉPISODE 4 — LA PROXIMITÉ QUI SIFFLE
Le Courtier ne crie jamais, ne tape pas sur la table, ne hausse pas le ton. Il siffle. Un sifflement discret, presque inaudible, comme un signal pour initiés.
Ce n’est pas un ordre. Ce n’est pas une menace. C’est une proximité. Être proche sans être visible
Le Courtier a compris que le pouvoir déteste le bruit. Il préfère les voix basses. Les phrases inachevées. Les regards qui disent plus que les discours.
Il ne se vante jamais d’être proche. Il laisse entendre. « Je l’ai croisé récemment… », « On se parle de temps en temps… », « Je peux faire passer le message… » Rien de précis. Rien de vérifiable. Mais suffisamment pour impressionner.
La proximité, chez lui, n’est pas une position. C’est une suggestion permanente.
Le Courtier ne parle jamais en public de ce qu’il dit en privé. Il préfère les coins. Les couloirs. Les voitures arrêtées moteur tournant. Il sait que ce qui est chuchoté fait toujours plus peur que ce qui est proclamé. Un mot glissé vaut mille communiqués. Un doute semé fait plus de dégâts qu’une accusation frontale.
Le Courtier n’est jamais au premier rang. Il se place légèrement en retrait. Assez près pour être vu. Assez loin pour ne pas être responsable.
S’il y a un succès, il était là. S’il y a un échec, il passait juste par hasard. C’est sa science exacte : être présent sans être comptable.
Ce que Le Courtier vend, ce n’est pas le pouvoir.
C’est l’illusion de l’accès. Un appel passé. Un message transmis. Un silence interprété comme un feu vert. Et le client repart convaincu que quelque chose a bougé. Même quand rien n’a changé. La proximité n’a pas besoin d’être efficace. Elle doit seulement être crédible.
Quand un nom circule, quand une suspicion apparaît, quand une porte se ferme, Le Courtier n’a rien dit. Il n’a fait que siffler. Comme un arbitre invisible qui ne lève jamais le bras mais influence toute la partie.
Dans un pays où le pouvoir se méfie du bruit, Le Courtier a choisi le silence actif. Il ne parle pas fort. Il parle juste assez.
Et pendant que les autres s’épuisent à crier, lui continue d’avancer, en sifflant doucement, au milieu des ruines.
Dans le prochain épisode, nous verrons comment on peut être opposant le jour et partenaire la nuit.
Alpha Issagha Diallo
Greffier circonstanciel du Tribunal de l’Histoire
