Contre La sansure

SÉRIE SATIRIQUE : LE COURTIER (Dédicace spéciale à Alpha Boubacar Bah) ÉPISODE 6 — LE COMMERÇANT SANS BOUTIQUE

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Il arrive toujours un moment où le commerce ralentit. Pas à cause de la morale ni à cause de la justice. Mais parce que le marché se lasse.

Le Courtier, lui, n’a rien vu venir. Il a vendu : des accès supposés, des informations floues, des promesses conditionnelles, des silences utiles. Il a tout monnayé, sauf une chose : une position claire.

Or le pouvoir, à la fin, n’achète que ceux qui assument. Et l’opposition, elle, ne pardonne jamais ceux qui trafiquent. Le Courtier s’est retrouvé au milieu, les mains pleines, les poches vides.

Le problème du Courtier, c’est qu’il n’a jamais eu de boutique. Pas de parti à lui, pas de base fidèle, encore moins de combat identifiable. Juste une table pliante, installée là où ça passait, repliée dès que ça chauffait.

Quand le marché était tendu, il était indispensable. Quand le rapport de force s’est figé, il est devenu optionnel.

Le client qui ne rappelle plus. Les appels se sont espacés. Les messages sont restés sans réponse. Les “on va voir” se sont perdus.

Le Courtier a continué à expliquer, à contextualiser, à analyser. Mais plus personne n’achetait l’analyse. Tout le monde voulait des résultats. Et Le Courtier n’en avait jamais livré aucun, seulement des transitions.

C’est là toute l’ironie. Il a tant donné, tant servi, tant justifié. Et pourtant, il n’a rien obtenu. Pas de poste. Pas de reconnaissance. Pas même une place stable dans le récit officiel.

Le Courtier a découvert trop tard une règle brutale : le pouvoir utilise les intermédiaires, mais ne les honore jamais.

À force de vendre sans livrer, il n’a récolté qu’une chose : le soupçon.

Plus personne ne le croit totalement. Plus personne ne lui fait confiance vraiment. Il n’est plus dangereux. Il est usé. Un commerçant sans boutique, sans enseigne, sans clientèle fidèle.

Le Courtier pensait durer en restant entre les lignes. Il a oublié que l’Histoire ne garde en mémoire que ceux qui ont choisi un camp. Les autres finissent dans les marges, comme notes de bas de page, ou comme avertissements.

Dans le prochain et dernier épisode, le Tribunal rendra son verdict, sans colère, sans cris, mais sans appel.

Alpha Issagha Diallo
Greffier circonstanciel du Tribunal de l’Histoire

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