Serments violés, peuple trahi : chronique d’une confiscation annoncée !
Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya ne s’est pas contenté de prendre le pouvoir par la force. Il a pris la parole au nom d’une promesse. Une promesse faite au peuple de Guinée, au nom de l’honneur militaire, de la dignité nationale et du salut de la République. Il a justifié son coup d’État par la violation de la Constitution, la confiscation du pouvoir et la souffrance du peuple. Ce jour-là, il s’est présenté non comme un conquérant, mais comme un serviteur provisoire de la Nation.
Cette promesse a été scellée par un serment. Un serment public, solennel, sacré. En prêtant serment comme président de la transition, Mamadi Doumbouya s’est engagé à respecter la Charte de la transition, dont les articles 46, 55 et 65 interdisent formellement au président de la transition, aux membres du CNRD et aux responsables des institutions transitoires d’être candidats aux élections devant clore la transition. Cette interdiction n’était ni une clause de confort ni une option politique : elle constituait la garantie minimale contre la confiscation du pouvoir.
Mais ce serment n’a jamais été qu’un mensonge stratégique. Un engagement de façade, répété mécaniquement dans les discours des fêtes de l’indépendance, dans les messages de nouvel an de 2022, 2023 et 2024, ainsi que dans l’interview accordée à Alain Foka sur RFI. À ces paroles s’ajoutaient les déclarations répétées du porte-parole du gouvernement et du secrétaire général de la Présidence, affirmant que Mamadi Doumbouya et le CNRD ne seraient candidats à aucune élection. Autant de paroles aujourd’hui piétinées sans la moindre gêne.
Ce à quoi nous assistons désormais n’est ni une évolution politique ni une nécessité nationale, mais un parjure d’État. Renier son serment, violer la Charte de la transition et se porter candidat revient à officialiser la trahison. C’est transformer une transition promise en une opération de blanchiment politique d’un pouvoir acquis par la force, consolidé par la répression et maintenu par la peur.
La confiance du peuple guinéen, déjà meurtrie par des décennies de gouvernance autoritaire, a été cyniquement exploitée. L’espoir né le 5 septembre 2021 a été méthodiquement vidé de son sens. Ce pouvoir, qui prétendait rompre avec les pratiques du passé, s’y est en réalité enfoncé avec une brutalité assumée : musellement des voix critiques, répression des manifestations, arrestations arbitraires, intimidation systématique de la presse et de la société civile.
Et pourtant, le 17 janvier, le même homme s’apprête à prêter de nouveau serment devant le peuple de Guinée. Un serment supplémentaire, sans valeur morale ni crédibilité politique. Comment croire à la parole d’un président qui a déjà violé tous les engagements fondamentaux ayant justifié son accession au pouvoir ? Comment accorder la moindre confiance à des autorités qui démontrent que le serment n’est pour elles qu’un rituel creux, vidé de toute substance éthique ?
Un pouvoir qui trahit sa parole ne gouverne pas : il impose. Des dirigeants incapables d’honorer leur serment d’honneur, leur parole d’officiers et la dignité de leurs fonctions n’incarnent ni l’État, ni la République, ni la Nation. Ils incarnent la faillite morale du pouvoir et l’effondrement de toute exigence d’exemplarité.
La Guinée ne manque ni de lois ni de textes. Elle manque de dirigeants dignes de leurs propres paroles. En reniant ses engagements, Mamadi Doumbouya n’a pas seulement trahi le peuple guinéen : il a trahi l’idée même de transition, l’honneur militaire qu’il invoquait et l’Histoire qu’il prétendait corriger.
L’Histoire, justement, ne pardonne jamais le parjure. Elle le grave.
Source: https://koumamedia.com/
