Simandou 2040 ou l’usine à cash du CNRD
Il faut dire les choses, sans détour ni maquillage : le programme « Simandou 2040 » n’a rien d’un projet de développement. C’est un tiroir-caisse. Un pipeline à dollars. Une invention technocratique conçue pour justifier un pillage méthodique, emballé dans un discours sur la « transformation structurelle ».
Que le Général Amara Camara ne s’y trompe pas : le peuple n’est pas dupe.
La Guinée ne se développera pas en vendant son ventre au plus offrant. Simandou 2040, c’est du marketing minier, pas une vision nationale. Une belle étiquette pour un projet dont l’unique carburant est la soif de devises.
Ce plan n’annonce pas l’émergence, mais la continuité de la prédation.
Un moyen commode pour verrouiller les marchés publics, multiplier les commissions occultes et signer des contrats dans l’ombre, loin des regards et de la reddition de comptes.
Le vieux refrain de la « diversification économique »
On nous sert encore la soupe de la « diversification », comme si cela n’avait pas déjà été promis mille fois — sans jamais dépasser le stade du PowerPoint.
Mais diversifier n’est pas creuser plus vite. Ni signer plus de conventions minières.
Diversifier, c’est valoriser ce que nous avons à portée de main : l’agriculture, les forêts, les rivières, le tourisme écologique, l’intelligence humaine.
La Guinée regorge de richesses qui ne se trouvent pas sous terre. Nos vallées peuvent nourrir des pays entiers. Nos paysages peuvent attirer le monde.
Mais voilà : l’agriculture, ça demande de la patience. Le tourisme, ça exige de la paix. Le minerai, lui, rapporte vite. Et en cash.
C’est pour cela que le CNRD s’y accroche comme un naufragé à une planche dorée. Pas pour développer le pays, mais pour s’acheter du temps, des loyautés et des silences.
Pourquoi cet acharnement sur Simandou ?
Parce que Simandou, c’est du cash sans délai. Pas besoin d’usines. Pas besoin de bras qualifiés. Pas besoin d’infrastructures locales. Juste des wagons remplis, des bateaux chargés, et des comptes à numéros bien alimentés.
C’est la vache à lait d’un régime sans vision.
Une fois les milliards versés, tout le reste peut attendre : les écoles, les hôpitaux, les routes, la jeunesse.
Et pendant ce temps, les paysans crèvent dans les champs. L’école publique devient un mouroir d’ambitions. Le système de santé fait la une quand il enterre un autre héros. Mais dans les palais, les réunions s’enchaînent autour du projet Simandou. Priorité stratégique, dit-on.
Non : priorité alimentaire. Pour le clan.
Gouverner, ce n’est pas extraire, c’est construire
Monsieur le Général Amara Camara, si vous voulez parler de vision, allez donc voir les villages sans eau, les écoles sans tableaux, les hôpitaux sans médicaments. C’est là que se joue l’avenir, pas dans un bureau d’études à Singapour ou dans un salon climatisé à Dubaï.
Simandou 2040 ne sauvera pas la Guinée. Il engraisse un cercle. Il asphyxie un peuple.
Et l’histoire, elle, ne retiendra pas les chiffres des contrats. Elle retiendra ceux qui ont construit des ponts, pas ceux qui ont creusé des trous.
Alpha Issagha Diallo

Écrivain, témoin du réel
Démineur de discours miniers
