SIMANDOU : LE MÉGAPROJET MINIER QUI POURRAIT ENRICHIR LE MONDE… MAIS APPAUVRIR LA GUINÉE
Enquête exclusive sur les risques, pertes potentielles et failles institutionnelles révélés par l’étude confidentielle du ministère du Budget et de la Banque mondiale. La promesse d’un Eldorado… et la réalité d’un projet sous haute tension
Jamais un projet n’a pesé aussi lourd dans l’histoire économique guinéenne. Avec plus de 3 milliards de tonnes de minerai de fer de haute teneur et un investissement avoisinant 20 milliards de dollars, Simandou est présenté comme le tremplin qui pourrait transformer la Guinée en puissance minière mondiale.
Selon le rapport stratégique commandité par les ministères du Budget et des Mines avec l’appui de la Banque mondiale, l’État pourrait n’engranger que 52 milliards de dollars de recettes cumulées sur 25 ans dans le scénario central.
Mais derrière cette façade grandiose, le document révèle une réalité autrement plus inquiétante : failles systémiques, risques fiscaux majeurs, opacité contractuelle, incapacités institutionnelles, vulnérabilité technique, et surtout un rapport de force totalement déséquilibré face aux multinationales.
Voici ce que dit vraiment le rapport et ce qu’il implique pour l’avenir du pays.
1. Des recettes colossales… mais impossibles à garantir
Le rapport admet que les projections de recettes reposent sur des hypothèses fragiles. Le prix du fer, extrêmement volatil, peut faire varier les revenus nationaux de plus de 40 % d’une année à l’autre.
AVERTISSEMENT OFFICIEL SUR LA VOLATILITÉ (Extrait du document)
“Les recettes totales de l’État varient significativement en fonction du prix du minerai […] une hausse de 20 % des prix conduit à une augmentation de près de 40 % des recettes.”
En d’autres termes : la Guinée joue sa stabilité budgétaire au casino des marchés mondiaux.
2. Le talon d’Achille : 60 % des recettes exposées à la manipulation
Le cœur du scandale potentiel réside dans cette phrase du rapport, passée sous silence dans les communications publiques.
RISQUE MAJEUR SUR LES PRIX DE TRANSFERT (Extrait du document)
“Près de 60 % des recettes proviennent de l’imposition des bénéfices […] où le principal enjeu résidera dans le contrôle des prix de transfert.”
Et le rapport ajoute : “Les principaux risques associés sont liés à la minoration des bénéfices via des prix de transfert, la délocalisation des profits… la sous-facturation du minerai.”
En clair, si les multinationales manipulent les prix entre leurs propres filiales, l’État guinéen ne pourra jamais collecter ce qu’il devrait.
3. Une administration qui ne peut pas contrôler les multinationales
L’étude est sans ambiguïté : la Guinée n’a ni l’expertise, ni les outils, ni les ressources humaines pour contrôler correctement un projet de cette ampleur.
AVERTISSEMENT SUR LA FAIBLESSE DES ADMINISTRATIONS (Extrait du document)
“L’administration reste peu outillée […] Il n’y a pas aujourd’hui de personnel spécialisé doté des compétences nécessaires.”
“Le BEQQ, BSD, DGI, DGD nécessitent renforcement, formation, outils et ressources humaines.”
Ce constat, alarmant, signifie une chose : les sociétés minières connaissent les règles mieux que l’État lui-même. Elles contrôlent les données techniques (quantités, qualité, prix) et l’État dépend de leurs déclarations.
C’est la recette classique pour un désastre fiscal.
4. Une opacité contractuelle dangereuse : les nouvelles conventions toujours secrètes
Le rapport est obligé de le reconnaître : Les conventions renégociées en 2023 par les autorités de la transition, n’ont pas été communiquées aux experts chargés de l’étude. Cela signifie que les calculs de recettes, d’impôts et de rentabilité reposent sur… des versions anciennes et déclarations officielles potentiellement obsolètes des textes.
Aucune justification officielle n’a été fournie sur cette absence de transparence.
5. Des exonérations qui déshabillent l’État
Certaines entités du projet bénéficient d’exemptions totales, y compris sur des taxes essentielles.
EXONÉRATION CHOQUANTE (Extrait du document)
“CTG est exonérée de taxes sur les activités financières ainsi que de la taxe IRVM tout au long de la période d’exploitation.”
Pendant que la Guinée peine à financer ses hôpitaux, ses écoles, son administration fiscale…, une société chargée d’une infrastructure stratégique ne paiera aucune taxe financière pendant des décennies. Est-ce le prix de la participation gratuite de la Guinée dans cette compagnie ?
6. Un risque de “capture” totale des recettes
Le document expose un danger rarement évoqué publiquement : même si le projet devient beaucoup plus rentable que prévu, l’État pourrait ne rien percevoir de plus.
PARTAGE DE VALEUR DÉFAVORABLE À L’ÉTAT (Extrait du document)
“Profitabilité du projet supérieure aux attentes […] sans gains additionnels significatifs pour l’État.”
En termes simples, si l’argent coule à flot, il coulera surtout vers les opérateurs (les multinationales) et non la Guinée.
7. Un système incapable de suivre les recettes
Même si les sociétés payent ce qu’elles doivent, encore faut-il que l’État soit capable de tracer les paiements. Le rapport dit le contraire.
AVERTISSEMENT SUR LA NON-TRACABILITÉ DES REVENUS (Extrait du document)
“Risque de recouvrement et non-paiement de certaines obligations […] nécessité d’un système de traçabilité des paiements miniers.”
Sans système intégré, les paiements peuvent passer inaperçus, les arriérés deviennent invisibles et les pertes s’accumulent sans contrôle.
8. Le point noir : l’État ne contrôle pas les exportations
Le rapport pointe un effet domino dangereux : Si la Guinée ne contrôle ni la qualité ni les quantités, elle perd automatiquement ses recettes minières.

RISQUE SUR LA VALORISATION DES EXPORTATIONS (Extrait du document)
“Enjeux liés à l’impact de la valorisation des exportations sur les recettes minières.”
Et il ajoute : “Les laboratoires nationaux ne disposent pas des capacités nécessaires.”
Sans contrôle indépendant, les sociétés peuvent déclarer ce qu’elles veulent.
9. Une coordination institutionnelle quasi inexistante
Le rapport décrit une administration où chaque service travaille seul, sans partage d’information.
AVERTISSEMENT SUR LE MANQUE DE COORDINATION (Extrait du document)
“L’État doit mettre en place une plateforme d’information commune […] améliorer le partage d’information entre administrations.”
Sans coordination, les failles s’additionnent, les pertes se multiplient et la souveraineté fiscale s’évapore.
10. Une absence inexplicable : l’ANAIM écartée du projet
L’étude note un fait troublant : L’ANAIM, pourtant bras historique de l’État dans les infrastructures minières, n’est tout simplement pas impliquée dans le projet Simandou.
AVERTISSEMENT (Extrait du document)
“Malgré l’ampleur des infrastructures […] l’ANAIM n’intervient pas activement dans le projet […]”
Pourquoi ? Qui l’a décidé ? Au profit de qui ?
Le rapport ne le dit pas. Mais la question s’impose.
En conclusion, Simandou est un projet gigantesque mais un risque systémique pour la Guinée. Simandou possède un potentiel gigantesque mais l’étude des Ministères du Budget, des Mines et de la Banque Mondiale, révèle une vérité dérangeante :
L’État guinéen n’est pas prêt.
Les multinationales sont techniquement dominantes.
Les contrats sont opaques.
Les exonérations sont massives.
Les risques de pertes fiscales sont colossaux.
Les administrations sont sous-dimensionnées.
Si rien ne change, Simandou pourrait devenir le plus grand projet minier du monde, sans jamais enrichir la Guinée à la hauteur de ses ressources, en raison de l’opacité entretenue par les autorités guinéennes du moment.
Anonymous 1er, l’autre citoyen indigné qui vient de se réveiller dans la presqu’île de Kaloum.
Image de la UNE: Vue aérienne le complexe minier dans la chaîne de montagnes de Simandou où se passe l’exploitation du fer, le 2 septembre 2025. Capture AFPTV
