Contre La sansure

Souza Konaté : «Comment se conformer aux obligations du MATD lorsque nos bureaux sont fermés ?»

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Alors que le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) exhorte les partis politiques à se conformer aux dispositions de la nouvelle loi organique régissant leur fonctionnement, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) dénonce, pour sa part, un blocage de ses activités.

Dans un entretien accordé à Guinee360, Souleymane Souza Konaté, coordinateur de la cellule de communication du parti, revient en détails sur les difficultés rencontrées. Il évoque notamment la suspension des activités politiques de sa formation ainsi que des entraves administratives qui, selon lui, compliquent l’organisation du congrès du parti. Le responsable politique expose également la stratégie envisagée par l’UFDG pour faire valoir ses droits. Il réaffirme, dans le même temps, la volonté de son parti de privilégier le dialogue, dans le souci de préserver la stabilité politique du pays.

Guinee360 : Comment l’UFDG réagit-il à l’ultimatum du MATD demandant aux partis de se conformer à la nouvelle loi organique ?

Souza Konaté : Nous avons pris connaissance du communiqué du MATD. Pour nous, cette démarche s’inscrit clairement dans une dynamique de verrouillage du processus démocratique de notre pays. Il apparaît évident que l’objectif inavoué est d’affaiblir, voire de dissoudre, les formations politiques les plus représentatives. Celles qui incarnent plus de 95 % de l’électorat national. Concernant l’UFDG, il nous est reproché la non-tenue de notre congrès. Pourtant, nous avons transmis l’ensemble des documents exigés. Nous avons, à plusieurs reprises, manifesté officiellement notre volonté d’organiser ce congrès, des réunions ont même eu lieu avec le cabinet du MATD, sans qu’aucune suite concrète ne soit donnée. Hier encore, de nouvelles exigences sont apparues. Mais comment se conformer à des obligations lorsque nos bureaux et notre siège demeurent fermés ? L’UFDG a mobilisé tous les moyens humains, matériels et financiers nécessaires. Nous sommes prêts à tenir notre congrès immédiatement, dès lors que le MATD et les autorités de la transition lèveront les blocages administratifs.

Le MATD parle d’assainir et restructurer l’espace politique. Considérez-vous que cette nouvelle loi s’applique de manière équitable à tous les partis, y compris ceux proches du pouvoir ?

La question centrale est celle de la volonté politique. Que sont devenus les premiers documents que nous avons transmis ? Pourquoi refuse-t-on de rouvrir nos locaux afin que nous puissions fonctionner normalement et organiser notre congrès ? À force de pousser les grandes formations politiques vers l’asphyxie administrative, on ouvre une boîte de pandore dont les conséquences peuvent être dangereuses pour tous. On ne peut pas restreindre l’espace politique et civique; empêcher les partis représentatifs de fonctionner; et prétendre simultanément consolider la démocratie et la paix sociale. Les exemples récents dans la sous-région montrent à quel point ces dynamiques peuvent produire des crises profondes. L’UFDG est prête. Ce sont les autorités qui bloquent le processus.

Pourquoi les autorités vous bloqueraient- elles?

Il semble qu’une stratégie soit à l’œuvre : tenter, à l’horizon 2026, d’imposer un parti-État ou de reconfigurer artificiellement le paysage politique en éliminant les forces majoritaires. Quant aux partis proches du pouvoir, chacun peut constater qu’ils ne subissent ni suspension, ni fermeture de sièges, ni pression comparable. Il est évident que les mesures actuelles visent principalement les grandes formations, notamment l’UFDG.

Votre parti étant suspendu par le MATD, comment pouvez-vous concrètement vous conformer aux nouvelles exigences dans ces conditions?

Nous avons accompli toutes les démarches requises et continuons à agir dans un esprit de responsabilité. Soyons clairs, un parti privé d’accès à son siège et à ses bureaux ne peut fonctionner normalement. Les autorités le savent parfaitement. Si l’objectif est la dissolution des grands partis, alors il faut mesurer les conséquences. Lorsqu’on empêche des acteurs politiques d’agir à visage découvert dans le cadre légal, on crée les conditions d’une radicalisation incontrôlée. Or cela n’est dans l’intérêt de personne. Gouverner, c’est anticiper et prévenir les crises, pas les provoquer.

Si la suspension perdure, quelles actions l’UFDG envisagerait-t-elle pour défendre son existence légale et ses droits politiques ?

Jusqu’à présent, nous avons privilégié la concertation et la retenue. Nous avons également appelé notre base militante au calme et à la discipline, malgré une injustice manifeste. Il faut dire les choses clairement : les mesures prises semblent viser un leader et sa formation politique, dans une logique d’affaiblissement ciblé. Notre responsabilité est de canaliser la colère légitime de nos militants, qui souhaitent défendre l’honneur et la dignité du parti. Des actions sont envisagées et préparées. Elles seront annoncées au moment opportun. Mais notre priorité reste la stabilité du pays et la défense de nos droits par des voies légales et politiques.

Êtes-vous disposés à engager un dialogue avec le MATD pour clarifier votre situation et envisager une sortie de crise?

L’UFDG a toujours privilégié le dialogue. Nous croyons fermement qu’aucune crise politique n’est insurmontable lorsque la volonté est sincère et que les échanges sont francs, honnêtes et constructifs. Nous avons adressé plusieurs courriers au MATD restés sans réponse; envoyé des émissaires ; transmis tous les documents requis; proposer des dates pour la tenue de notre congrès. Aucun engagement formel ne nous a été retourné. Ce silence institutionnel n’est pas conforme aux exigences d’une administration publique responsable. Malgré cela, nous restons ouverts au dialogue. Cependant, il appartient aussi aux autorités de prendre leurs responsabilités. À un moment donné, il faut décider avec lucidité afin d’éviter à notre pays des crises multidimensionnelles aux conséquences politiques, économiques et sociales graves. Je profite de cette occasion pour appeler nos militants à maintenir leur discipline, leur sang-froid et leur confiance dans la direction nationale du parti, conduite par notre président, Cellou Dalein Diallo.

 

Par Mariame DIALLO

https://www.guinee360.com/

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