Contre La sansure

Supercherie émotionnelle : chronique de l’ingrat et de son bienfaiteur à l’hôtel de la justice divine

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Il était une fois, dans la cour sacrée des anciens baobabs, un vieux griot qui convoqua les esprits de la mémoire pour narrer un conte… un de ceux où la pluie tombe à l’envers et où le serpent accuse la machette de l’avoir blessé.

“Mawoudo”, ne joue pas l’agneau quand tu as longtemps porté les cornes du bélier.

Tu écris, larmes sèches sur feuille trempée d’amertume :

« Monsieur le Président, c’est bien malgré moi que je me permets de vous adresser la présente lettre… »

Ah bon ? C’est malgré toi ? Pourtant, tes mots dansent comme des calebasses jetées contre les rochers. Tu verses le vin rouge du déshonneur sur la tunique blanche de celui que tu appelais hier “compagnon de lutte”.

« J’ai honte de mon fils que j’ai convaincu de vous suivre… »

Mais Mawoudo ! L’arbre ne peut avoir honte de son fruit après l’avoir mûri. Tu l’as élevé, façonné, introduit. Et maintenant qu’il vend sa récolte au marché de la trahison, tu veux qu’on t’absout avec une larme ? Non, vieux sage ! Les ancêtres nous ont appris : celui qui montre le chemin à l’aveugle partage sa destination.

Tu accuses la tribu des sages d’avoir violé les rites : « La forme a été piétinée… sans procès… sans recours… »

Mais Mawoudo, qui a oublié que le respect des lois commence à la maison ? Le fils qui trahit la case paternelle en cherchant une meilleure marmite ailleurs, que veut-il qu’on lui serve en retour ? Du miel dans la cendre ?

« Je suis traité de partisan de mon fils… »

Et que voulais-tu ? Être célébré pour ton silence pendant qu’il grignotait les racines du baobab en plein jour ? Quand ton propre fils, sorti du giron de la lutte, est allé bercer les tambours du pouvoir pendant que ses camarades pleuraient sous les bâtons, tu as choisi le silence. Et aujourd’hui, tu cries à l’injustice ?

Tu cites l’article 47 comme le muezzin cite le Coran. Tu évoques les textes fondateurs. Très bien. Mais Mawoudo, les textes sont comme les totems : ils ne protègent pas ceux qui les profanent. Et ton fils n’a pas été puni pour ses idées, mais pour sa duplicité.

« Il fallait un procès équitable… »

Ah ! Le procès du lion dans la forêt des hyènes ! Veux-tu qu’on assemble les tambours pour juger celui qui a déjà déserté la danse ? Ton fils s’est détourné. Il a bu au puits du pouvoir sans demander bénédiction au village. Il est parti sans dire adieu, mais tu exiges qu’on lui fasse une fête de départ ?

« La junte n’était pas notre ennemie… »

Voilà donc ! Tu parles comme quelqu’un qui regrette de ne pas avoir été invité au banquet. Tu aurais voulu, toi aussi, un fauteuil doré dans la case du roi ? Alors dis-le franchement, Mawoudo. Ce n’est pas la justice qui te fait pleurer, c’est la nostalgie d’un trône jamais obtenu.

Et ce dépôt, ce fameux dépôt à l’hôtel Pullman que tu évoques avec mélancolie… Allons, Mawoudo. Depuis quand la parole des sages s’achète avec des promesses d’hôtel ? Le vrai dépôt est celui qu’on place dans l’au-delà : l’honneur, la droiture, la constance.

« Je suis à bout… à 87 ans… »

Oui, mais ce n’est pas l’âge qui lave les fautes, c’est le courage de les reconnaître. Au lieu de cracher sur le feu que tu as toi-même attisé, commence par enseigner à ton fils que l’arbre n’oublie jamais qui l’a planté, même lorsqu’il pousse vers un autre soleil.

Morale de l’histoire, selon la sagesse de nos ancêtres : Quand le tam-tam de la vérité résonne, même les serpents se taisent. Le fils ingrat peut trahir le village, mais qu’il sache que la rivière n’oublie jamais la source qui l’a nourrie. Et toi, Mawoudo, si tu veux qu’on te respecte comme ancien, commence par cesser de défendre le mensonge au nom du sang.

À l’hôtel de la justice divine, on ne réserve pas avec des larmes, mais avec la vérité.

Siba Beavogui

Source: https://www.guineefutur.info/2025/05/22/supercherie-emotionnelle-chronique-de-lingrat-et-de-son-bienfaiteur-a-lhotel-de-la-justice-divine/

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